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mercredi 24 septembre 2025

LE ROMANCIER ANDRÉ LICHTENBERGER AMOUREUX DU PAYS BASQUE EN 1932 (deuxième et dernière partie)

 

ANDRÉ LICHTENBERGER ET LE PAYS BASQUE EN 1932.


Emile André Lichtenberger est un historien spécialiste du socialisme, un essayiste et romancier français.

Elève au lycée de Bayonne, il restera toujours attaché au Pays Basque sur lequel il a écrit plusieurs livres.




pays basque historien ecrivain labourd strasbourg
ANDRE LICHTENBERGER 1930


Voici ce que rapporta André Lichtenberger à ce sujet dans le Bulletin du Musée Basque, en 1932 :



"Pourquoi j'aime le Pays Basque.



Quelquefois — il faut bien se promener — l'enfant descendait dans la petite ville. Une de ses menottes était serrée dans la poigne rugueuse de l'âpre Thérèse. Sur la place Louis XIV se tenait le marché. II y avait de la fierté, de l'émoi aussi, à voir l'Alsacienne, veuve de gendarme, méfiante et revêche, disputer rudement leurs denrées à la faconde des paysannes, "Jechouch ! celle-là, elle sait y faire." Faut-il rappeler quelques types, aujourd'hui presque disparus : Espagnols en culottes de velours ; Cascarotes aux voix éraillées, faisant valoir leurs poissons ; porteuses d'eau, la grande jarre de grès en équilibre sur le mouchoir couronnant la tête ?



pays basque historien ecrivain labourd strasbourg
CASCAROTES
PAYS BASQUE D'ANTAN



La pourvoyeuse attitrée de la maison d'Abzac avait nom la vieille Julie. Je vois encore son visage en écorce, couleur pain d'épice. Dans le milieu de la bouche, le sourire découvrait une dent jaune et unique, proéminente comme un pic.



Dans une petite rue perpendiculaire à la digue, nichait une créature maléfique, fille, je pense, d'un sandalier. Son visage rond, semé de taches de rousseur, était sombre, de mauvais augure, et se plissait à mon adresse dans d'atroces grimaces qui me reviennent encore dans mes cauchemars. Quand on me confiait la mission de mettre une lettre à la poste, je faisais un détour pour ne point l'affronter.



Quelquefois on s'aventurait dans des lieux émouvants. Il y avait la boutique de Mademoiselle Ferry, pleine de trésors : je possède encore une boîte de nacre qui en est issue. Il y avait l'antique église avec son ombre fraîche, son odeur d'encens et ses balcons de bois, et surtout, pendant à sa voûte, le bateau miraculeux commémorant, je crois, le sauvetage de l'Impératrice Eugénie lors d'une escapade demeurée fameuse. Il y est toujours accroché.



Et tout près, exactement en face du sanctuaire, la voyez-vous, la vieille maison basque, si bourgeoisement assise dans la grand'rue ? Il ne manquait guère, notre garçonnet, une fois au moins la semaine, d'en gravir le vaste escalier aux marches déclives, avec quel battement de cœur troublant et voluptueux !



En haut sous son madras noir lui souriait la vétuste servante Gachucha à la mâchoire édentée : "Mademoiselle est au salon". Et au bout du long couloir, au parquet impitoyablement ciré, où il fallait marcher si précautionneusement pour ne pas se jeter par terre, dans l'inoubliable sanctuaire dont les meubles anciens, le poisson porc-épic, les coraux et les coquillages épandaient un si merveilleux mystère, les soixante-dix ans de Mademoiselle Herminie accueillaient avec une bienvenue lumineuse les huit ans de son visiteur.



Puis c'était l'exquis et solennel déjeuner en tête-à-tête, — oh ! ces fricandeaux, oh ! ces sauces tomate ! — dans l'imposante salle à manger. Les libres ébats dans le minuscule jardinet pullulant, autour de la mare, de fleurs et de moustiques. J'ai encore devant les yeux le décor cocasse et fascinant du papier à personnages qui tapissait les murs d'une retraite discrète et suscitait chez le solitaire qui en goûtait le refuge des méditations si prolongées, si passionnées, qu'il arrivait qu'une voix anxieuse vînt l'y poursuivre : "Au moins, vous n'êtes pas souffrant, mon petit ami ?"



Après cinquante ans, ces émois demeurent pour moi d'un charme si saisissant, si rare, si intime, que rien, je pense, n'en a égalé dans ma vie les suaves délices. Telle est leur magie que jamais je n'ai osé risquer jusqu'ici en ternir l'éclat. Jamais mes pas d'homme ne se sont hasardés à remonter le vaste escalier aux degrés en pente, à suivre le long corridor, ou à franchir à nouveau le seuil du salon féerique.



L'an dernier, l'aimable petite nièce de Mademoiselle Herminie m'a amicalement invité à un pèlerinage. J'ai dit oui, je crois, mais je n'ai pas tenu ma promesse. Il est des rêves d'une grâce si subtile, si ténue, que tenter de les rafraîchir est impiété. Il n'est pas donné à l'homme de saisir les pierreries qui dansent dans un rayon de soleil, les émaux qui chatoient sur l'aile du papillon. A quiconque aurait l'imprudence de vouloir les étreindre, il ne demeurerait dans la main qu'un peu de poussière et de cendre.



Autre vision, d'une grandeur épique : celle de ces dimanches inoubliables où, pas bien loin non plus de l'église tutélaire, sur le vieux jeu de pelote de la ville, disparu depuis combien d'années, se disputaient les grandes parties de rebot.



Je n'arrive pas encore aujourd'hui à me définir exactement — tant de choses nous demeurent mystérieuses dans la sensibilité enfantine — les raisons profondes qui revêtaient d'une magnificence ce spectacle, dont assurément lui échappait bien des vertus, aux yeux de ce moutard des pays nordiques. Le vieil homme qu'il est devenu sent encore son cœur bondir à évoquer ces Iliades où, sous l'œil invisible des Olympiens, Haïtza, le colosse d'Hasparren, plus gigantesque qu'Ajax, fils de Télamon, et secondé par Chilar, rusé comme Ulysse, refoulait avec une agile vigueur la sèche pelote.



pays basque autrefois pelote souraide
JEAN-BAPTISTE DUHALDE DIT CHILHAR
PAYS BASQUE D'ANTAN


Ah ! le va-et-vient fascinant de la petite sphère vibrante, tantôt envolée aux nues et tantôt fusant à ras le sol ; les poses nobles des guerriers, les passes lestes et puissantes, les mêlées confuses à la raie ; les clameurs de la foule enfiévrée à chaque point contesté, jusqu'à ce que les Nestor réunis — "Plaza Señores !" — prononçassent l'arrêt, aussitôt signifié par la voix de Calchas, en même qu'un rameau vert en marquait l'empreinte sur le sol. Ce qu'il avait d'incompréhensible rehaussait d'une valeur mystérieuse le plaisir aigu. Et l'émoi auguste quand, au coup de l'Angélus de midi, tous les fronts se découvraient et que s'arrêtait le jeu des hommes pour adorer Dieu qui passait !



Aisément, j'évoquerais d'autres tableaux, d'autres silhouettes. Mais à quoi bon ? n'en ai-je assez dit ?



De mon enfance lointaine, combien d'images sont aujourd'hui décolorées, appauvries, englouties dans la grisaille montante !



Par un miracle unique, presque tout ce qu'elle a gardé de fraîcheur et de lumière s'encadre pour moi dans le décor du pays basque. Il m'a fait moi. La surprise naïve d'être, la curiosité un peu anxieuse de vivre, l'aspiration vers tous les devenirs s'encadrent pour moi entre la Rhune, toile de fond, et l'horizon du Socoa et de Sainte-Barbe.



Sur le sable, me voici tout seul, tout menu, trottinant, rampant et rêvant. Dans mon royaume merveilleux chaque jour agrandit, chaque pas nourrit, émeut, exalte ce qu'il y a en moi, me crée des joies, me découvre des espérances. Je serai célèbre, vengerai Jeanne d'Arc et reprendrai l'Alsace-Lorraine. Parmi les varechs odorants que soulève un doigt frémissant d'impatience, le cœur battant, je sais que m'attendent de prodigieuses aubaines. Si ce n'est aujourd'hui, c'est demain que je découvrirai la gemme sans prix, la perle incomparable, le coquillage étincelant dont la possession m'élèvera au-dessus des hommes. Parfois à leur place, c'est la forme d'un poisson noyé, la carapace vidée d'un crabe, le fragile squelette blanchi d'un oiselet qui vient surprendre. Alors en moi, à l'appréhension du sombre mystère de la mort où tout s'engloutira, monte de l'angoisse. Je suis si petit !



Mais bah ! qu'importent les lointaines menaces ! le soleil est trop gai, la mer trop brillante, trop joyeuse la chanson des vagues ; et là-bas, sur la jetée, n'y a-t-il pas, toute puissante, maman, jeune encore, qui me sourit !



Pourquoi j'aime le pays basque ? Parce que c'est sa grâce qui m'a fait vivre ; et c'est elle qui, j'en ai la confiance, pareillement, l'heure venue, m'aidera de la vie à prendre congé.

André Lichtenberger.

Biarritz, Septembre 1932."




(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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dimanche 24 août 2025

LE ROMANCIER ANDRÉ LICHTENBERGER AMOUREUX DU PAYS BASQUE EN 1932 (première partie)

ANDRÉ LICHTENBERGER ET LE PAYS BASQUE EN 1932.


Emile André Lichtenberger est un historien spécialiste du socialisme, un essayiste et romancier français.

Elève au lycée de Bayonne, il restera toujours attaché au Pays Basque sur lequel il a écrit plusieurs livres.




pays basque historien ecrivain labourd strasbourg
ANDRE LICHTENBERGER 1930


Voici ce que rapporta André Lichtenberger à ce sujet dans le Bulletin du Musée Basque, en 1932 :



"Pourquoi j'aime le Pays Basque.



Pourquoi j'aime le pays basque ? N'attendez pas, dans les lignes qui suivent, une analyse, après tant d'autres, de son charme. Depuis Loti le délicieux, combien de fois n'a-t-elle été esquissée ! Je n'en sais point qui, parmi ceux qu'il a séduits, en ait saisi le réel secret.



Aussi me bornerai-je à évoquer ici, en toute simplicité, quelques images qui demeurent inscrites en moi avec cette fraîcheur, cette ingénuité qui sont le propre des impressions d'enfance.



Le Jongleur de Notre-Dame trouva son salut en exécutant modestement ses tours devant la statue de la Vierge. Peut-être qu'une imagerie d'Epinal, dénuée de prétention, est le meilleur ex-voto que je puisse offrir au vieux terroir où s'essayèrent mes premiers pas et où j'irai dormir.



pays basque historien ecrivain labourd strasbourg
LE JONGLEUR DE NOTRE-DAME PAR JULES MASSENET



Le 13 juin 1872, arrivaient à Saint-Jean-de-Luz, un jeune couple alsacien, en deuil, et deux enfants. Ils s'y réfugiaient dans un douloureux désarroi physique et moral. Aux malheurs publics s'ajoutaient les deuils privés les plus cruels. Les quatre grands-parents enlevés en deux ans. Les santés gravement compromises, et profondément troublées les consciences. En même temps que saignaient les cœurs, l'angoisse les torturait : le devoir commandait-il de quitter l'Alsace pour rester fidèle à la France, ou, au contraire, d'y demeurer pour en disputer l'âme à l'envahisseur ?



Combien, dans ces pénibles conjonctures, cette région de notre Sud-Ouest se montra accueillante aux visiteurs endoloris qu'un enchaînement de circonstances bien imprévues lui amenait !



Du côté du Goulet, la vieille maison d'Abzac (aujourd'hui rajeunie sous le nom de Villa Sido) leur fut louée mille francs pour trois mois. Le petit pont qui la reliait à la plage mettait la mer caressante autant dire dans l'antichambre.



A cette époque, l'allure de la vie était moins trépidante que de nos jours. On eût cru la gaspiller à ne point tenir registre de ses moindres péripéties. J'ai sous les yeux le journal quotidien que tenait mon père, les copies des lettres qu'il adressait à sa famille et à ses amis : dans toutes ces pages, couvertes d'une nette et minutieuse écriture, vibre l'enthousiasme, la reconnaissance pour la terre bénie où, quelques semaines durant, le cauchemar cessa de traquer les fugitifs ; où les splendeurs du golfe de Gascogne et des Pyrénées dissipaient les sinistres visions obsédantes ; où un malheureux petit André oubliait par hasard d'avoir des bronchites.



Un jour avec sa nourrice une bourrasque du Sud-Ouest faillit l'enlever. On les raccrocha je ne sais trop comment. A l'automne les errants s'en allèrent, emportant un lumineux souvenir.



Cinq ans plus tard, veuve prématurément, la jeune femme revenait demander un abri à la contrée hospitalière qui était demeurée dans sa mémoire une oasis ensoleillée et saline. A ce petit André, obstinément fluet et pâlot, à une fillette encore plus fragile que lui, les grisailles du Nord étaient décidément trop inclémentes. Peut-être que seules les fées de la côte de Biscaye les aideraient à vivre.



De nouveau, la maison d'Abzac reçut les revenants. Et sur le sable, parmi les débris des maisons englouties un demi-siècle plus tôt par l'avance furieuse de la mer, l'enfant découvrit un après-midi dont l'émoi vibre encore en moi cette chose formidable : l'océan. Tout de suite il lui fut amical et l'éblouit de ses trésors : pierres précieuses longuement cherchées, si brillantes dans l'humidité marine et si vite ternies comme tant de joies quand on les étreint ; coquilles rares et fragiles comme tant d'espérances ; châteaux de sable éphémères, comme tant d'entreprises auxquelles il s'attacha.



pays basque historien ecrivain labourd strasbourg
PORT DE SAINT-JEAN-DE-LUZ
PAR J CALAME
BMB N°4 1932



C'est sur la plage de Saint-Jean-de-Luz que se découvrirent au petit bonhomme des horizons infinis et qu'il conçut de sublimes ambitions. D'une montagne de sable laborieusement élevée, combien de fois il essaya, précurseur de Wright, de s'envoler ! Et combien de trous furent creusés pour trouver le chemin qui mènerait au centre de la terre !



Ici, le mystère des eaux marines lui fut révélé. Dans son seau de fer blanc, il enferma les créatures fantastiques découvertes par le capitaine Nemo. Un jour, émule du kraken légendaire, un poulpe capturé par un grand cousin épanouit son horreur et ses tentacules dans la baignoire de la petite sœur.



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CAPITAINE NEMO
DANS VINGT MILLE LIEUES SOUS LES MERS
DE JULES VERNE



Dans les nuits d'hiver (à cette époque l'Artha inachevée était une barrière impuissante) la mer furieuse montait parfois jusqu'à la jetée, et des flocons d'écume s'abattaient contre les vitres de la cuisine. Comme le vent hurlait et avec quelles menaces !



Au matin, il arrivait que la grève fût jonchée de débris. Un navire devant Ciboure avait été arraché de ses ancres. Avec quelle angoisse, on haletait à ouïr les étapes du laborieux sauvetage !



Et puis le ciel se nettoyait. En quelques instants renaissait le soleil : "Tu peux sortir sur la plage, André". Alors, il s'en allait, seul en apparence, mais en réalité environné de quelle compagnie merveilleuse : les héros d'Homère et ceux de Jules Verne, ceux de notre bon La Fontaine et de Madame de Ségur gambadaient avec lui sur le sable depuis le goulet de Ciboure jusqu'à la pointe Sainte-Barbe.



La Roche aux Mouettes, le Capitaine de quinze ans, les Aventures de Robert Robert, lectures magiques dont toutes les péripéties s'animaient de quelle vie ardente parmi ces émouvantes errances. Pourquoi ne pas le dire ? Ces compagnons-là étaient ceux d'élection, les plus fidèles, qui ne vous manquent jamais. Mais il n'est que juste de noter que l'été en ramenait d'autres.



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LIVRE LA ROCHE AUX MOUETTES
DE JULES SANDEAU 1871



Oh ! le prestige de ces tritons un peu fabuleux, les guides-baigneurs dans leurs vieilles vareuses cramoisies ; les marchands d'oublies, "Satan" à la moustache caressante, avec sa cliquette et son cylindre de tôle rouge. Rappelerai-je une première déception d'amour ? Une piquante Conchita de Madrid déclina formellement des ouvertures d'union éternelle. Mais le cher Père Lamblin, de l'Oratoire, n'a jamais trahi depuis cinquante ans le serment d'amitié qui fut scellé en partageant un gâteau à la crème, à moins que ce ne fût en échangeant des balles de caoutchouc par dessus un filet approximatif dans la vieille promenade ombragée dont subsistent les vestiges à côté de l'actuel fronton municipal."



A suivre...






(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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samedi 23 mars 2024

PROVERBE BASQUE DU JOUR ET FÊTE DU 23 MARS 2024 SAINT VICTORIEN ET SAINT TURIBE - AZIBAR ET ARTZIBAR

 


PROVERBE DU 23 MARS 2024 (SAINT VICTORIEN) (SAINT TURIBE) (AZIBAR) (ARTZIBAR).


VICTORIEN :  Victorien est gouverneur de Carthage, capitale de la province romaine d'Afrique, au temps où Clovis règne en Gaule.



religion catholique saint sainte victorien
23 MARS SAINT VICTORIEN

L'Afrique est alors occupée par les Vandales.

Le roi des Vandales d'Afrique, Hunéric, demande à Victorien d'emprisonner les chrétiens qui n'embrassent pas l'arianisme, à commencer par lui-même.

Victorien refuse et Hunéric le fait mettre à mort, en 484, après l'avoir torturé.



religion catholique saint sainte victorien
23 MARS SAINT VICTORIEN


TURIBE : Turibe de Mogrovejo, naît le 16 novembre 1538 à     Mayorga (Valladolid, Espagne).




religion catholique saint sainte turibe
23 MARS SAINT TURIBE


C'est un magistrat espagnol.

Il est nommé, en 1572, président du Tribunal de l'Inquisition à Grenade par le roi Philippe II d'Espagne.

En 1578, il est ordonné prêtre et nommé archevêque de Lima (Pérou).

Il parcourt à pied l'immense territoire dont il a la charge (500 kilomètres de long), prenant contact avec les habitants, tentant de soulager la population indigène, mais se heurtant à l'administration coloniale et les intérêts des colons.

Son diocèse est grand comme la moitié de la France et sa première visite va durer 5 ans.

Il fonde des séminaires, construit des églises et des écoles et bâtit des routes et des hôpitaux.

A 67 ans, lors de sa 3ème visite pastorale, il tombe malade et meurt le 23 mars 1606.

Il est béatifié en 1679 par le pape Innocent IX et canonisé en 1726 par le pape Benoît XIII.

Saint Turibe de Mogrovejo est le saint protecteur des évêques missionnaires et le patron de l'archidiocèse de Lima.

Il est liturgiquement commémoré le 23 mars.




AZIBAR : Onatiko (XII. mendea)



ARTZIBAR, ARTZI : "arce,érable" Artzi andra mariren baseliza erromanikoa-XII.m.ko  Artzibar kontzejuko hiriburua izan zen Artzi gaur bere eliza bakardadean.



Un décès du 23 mars Emile André Lichtenberger.




ecrivain alsace pays basque trott
EMILE ANDRE LICHTENBERGER


Né le 29 novembre 1870 à Strasbourg (Bas-Rhin) - Mort le 23 mars 1940 à Paris.

C'est un historien spécialiste du socialisme, un essayiste et romancier français.

Après l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne, sa famille quitte l'Alsace pour le Pays Basque.

André est élève au lycée de Bayonne.

Il restera toute sa vie attaché au Pays Basque sur lequel il écrira plusieurs livres.

Ensuite, il continuera ses études au lycée Louis-le-Grand à Paris, avant d'étudier l'histoire-géographie à la Sorbonne.

En 1891, André est reçu deuxième à l'agrégation d'histoire et géographie.

En 1895, il soutient sa thèse pour le doctorat ès lettres sur Le Socialisme au XVIIIe siècle.

En 1895, également, il épouse à Boucau Jeanne Sautereau, avec laquelle il aura une fille, Marguerite, qui deviendra femme de lettres.

De 1897 aux années 1930, il publie de nombreux ouvrages dans des domaines très divers, allant des essais politiques à la littérature enfantine, dont deux romans liés au personnage de Trott. Ces ouvrages pour la jeunesse feront sa renommée.

Après la publication d'un roman historique, en 1900, il est remarqué par Paul Doumer, qui en fera son assistant puis son chef de cabinet quand il sera président de la Chambre des Députés, de janvier 1905 à mai 1906.

Pendant la Première Guerre mondiale, André va collaborer avec les généraux Gallieni, Lyautey et Gouraud.

Il meurt le 23 mars 1940, à 69 ans, d'une hémorragie cérébrale.




Voici le proverbe du samedi 23 mars 2024 :


IZOTZ ZURIA, EURIEN MANDATARIA.

Blanche gelée est de pluie messagère.




peintre salon paris gelée
TABLEAU GELEE BLANCHE
SALON DE PARIS A NOZAL



(Source : https://www.herodote.net/ et WIKIPEDIA et https://www.euskaltzaindia.eus/ et https://nominis.cef.fr/contenus/saint/852/Saint-Victorien.html)




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mardi 29 août 2023

LA CÔTE BASQUE RACONTÉE PAR L'ÉCRIVAIN ANDRÉ LICHTENBERGER EN SEPTEMBRE 1937

LA CÔTE BASQUE RACONTÉE PAR ANDRÉ LICHTENBERGER EN SEPTEMBRE 1937.


Emile André Lichtenberger est un historien spécialiste du socialisme, un essayiste et romancier français.

Elève au lycée de Bayonne, il restera toujours attaché au Pays Basque sur lequel il a écrit plusieurs livres.



pays basque historien ecrivain labourd strasbourg
ANDRE LICHTENBERGER 1930



Voici ce que rapporta André Lichtenberger à ce sujet dans le quotidien L'Echo de Paris, le 18 

septembre 1937 :



"Sur la Côte Basque.

Mon coin de France.



Voici plusieurs semaines déjà que, fuyant le Paris aigre et fiévreux du Front Commun camouflé et de l'Exposition en dérive, je suis venu chercher l'apaisement coutumier dans le coin de France, qui, depuis mon enfance lointaine, n'a cessé de me prodiguer ses grâces, et où, jusqu'au fond de mes moelles je me sens chez moi, en communion étroite avec, son ciel changeant et sa race immuable, son Océan tumultueux et ses falaises impassibles. 



Non, certes, que je renie mon Alsace natale. Mais quand, au lendemain de la guerre d'avant le déluge, celle de 70, un jeune couple meurtri chercha où réfugier sa nostalgie et raffermir les santés ébranlées, c'est à l'autre extrémité du terroir national, au fond de la baie de Biscaye, que les recueillit le bourg historique où la maison de Louis XIV et celle de l'Infante ne cessent de commémorer le mariage fameux par lequel le génie ingénieux du Mazarin pensa mettre fin à une rivalité séculaire et à des luttes indéfiniment meurtrières. 



Toutes les images ineffaçables de ma première enfance s'incarnent, à Saint-Jean-de-Luz, avec la Rhune comme toile de fond, entre Socoa et Sainte-Barbe. Et, plus tard, c'est à Biarritz, dont Victor Hugo célébra les tamaris et l'innocence, et dont le caprice d'Eugénie de Montijo fit la fortune que mon adolescence découvrit les émois si divers de la pelote basque et du baccalauréat. Du lycée de Bayonne, où en philosophie je décrochai tous les prix (nous étions un), il fallut bien gagner Paris pour y apprendre la dure bataille de la vie. 



pays basque autrefois labourd éducation enseignement
LYCEE DE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Quelle douceur, chaque été, de revenir au cher pays et d'y renouveler son âme en même temps que son vestiaire. Retrouvés le béret, le makhila et les sandales, quelles flâneries à s'ébattre sur la grève dure, en face du décor des Trois Couronnes et du Jaizquibel ! Ai-je connu au Maroc ou en Egypte, à Naples ou à Rio-de-Janeiro, horizons plus féériques ? 



Même durant le grand égorgement mondial, il me fut permis, de loin en loin, au cours d'une permission rapide, de renouer le lien sacré, d'oublier un instant le cauchemar, de reprendre en ces lieux un lambeau d'espoir. 



Et, quand, naïfs, nous crûmes — espoir fallacieux ! — qu'il allait être possible de revivre une existence apaisée, quel plaisir, dans une vieille maison au fond d'un jardin discret, de rebâtir un foyer familial où, avec ferveur, enfants et petits-enfants trouveraient l'abri, le repos, la paix vivifiante ! 



Hélas ! la côte basque en général, Biarritz en particulier — peut être plus encore que d'autres régions balnéaires ou thermales — ont été cruellement éprouvées par la crise et les changements qu'elle a marqués dans les habitudes touristiques. Si les sports d'hiver et les croisières ont enlevé des hivernants à la Riviera, la vogue de l'ensoleillement lui a procuré de merveilleuses saisons estivales. La clientèle de luxe cosmopolite, en l'honneur de qui avaient pullulé au pays de Ramuntcho, les palaces, les casinos et les villas somptueuses, a été définitivement décimée, sans que lui fussent substituées des aubaines compensatrices. 



pays basque autrefois palace riches labourd
LA RESERVE DE CIBOURE
PAYS BASQUE D'ANTAN



La manie grandissante de la bougeotte a abrégé les séjours, en même temps que la nécessité de l'économie en diminuait, pour le commerce local les recettes. Au malaise grandissant, les troubles d'Espagne ont ajouté des éléments d'incertitude peu faits pour attirer les oisifs. On a vu, les uns après les autres, se fermer les grands hôtels et les rideaux de fer demeurer clos sur les vitrines des succursales des maisons de la rue de la Paix. Les prix des villas de quelque importance ont dégringolé dans des proportions vertigineuses... 



"Biarritz, la reine des plages, la Plage des Rois", affirmait naguère une réclame grandiloquente. Ces temps sont passés. Le diable, dit la légende euskarienne, n'ayant jamais pu apprendre le basque, renonça jadis à se fixer au pays. Aujourd'hui, il s'est réinstallé dans les bourses aplaties, et toutes les ingéniosités s'évertuent à le tirer par la queue. 



pays basque autrefois labourd plage
BIARRITZ REINE DES PLAGES PLAGE DES ROIS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Est-ce à dire que soient désertes ces anses charmantes hantées naguère par les privilégiés de tous les mondes ? 



C'est méconnaître l'irrésistible attraction de ce terroir comme la souplesse de la race qu'il nourrit. Jadis, elle alla poursuivre la baleine jusqu'à Terre-Neuve et chercher l'Eldorado jusqu'en Argentine. Puisque les rois d'antan ont disparu, c'est à ceux d'aujourd'hui qu'elle adresse ses sourires. Non seulement une aristocratie réduite, mais fidèle, lui demeure attachée ; mais, chaque année plus nombreux, à des prix changés, le "petit monde", comme disent les commères sur le marché, se presse sur les falaises autrefois réservées à la noblesse du pétrole et du Gotha. 



Les méfaits du Front Populaire sont innombrables. Ne méconnaissons pas ce que, par hasard, il a semé de bon grain parmi tant d'ivraie. 



affiche front populaire 1936
AFFICHE FRONT POPULAIRE 1936



Tous les matins, arpentant la plage d'argent du côté d'Ilbaritz, je traverse un champ de coquelicots bougillons éparpillés sur le sable. Dégringolée d'un hôtel désaffecté que surmonte le drapeau rouge, toute une marmaille écarlate célèbre, je n'en doute pas, au chant de l'Internationale, les conquêtes opérées par le prolétariat sur ses exploiteurs. Mais il faut confesser que les mines sont superbes et la tenue excellente. Sous le soleil radieux, en face de l'Océan qui ronronne, comment n'espérer que les âmes ne s'aèrent et ne s'éclairent en même temps que brunissent les épidémies et que s'élargissent les poitrines maigriotes ? 



Il me plaît d'imaginer que, sur notre humanité troublée, le vieux terroir exercera son emprise. Est-ce que, barbotant sous le ciel d'azur, parmi les flots d'écume blanche, ce pullulement cramoisi n'évoque pas l'idée d'une multitude de cocardes tricolores, symbole alerte, par delà ce qui aujourd'hui nous aigrit et nous divise, d'un ralliement joyeux qui, un jour, se fera entre tous les enfants d'une même patrie ? 



A tous les âges de ma vie mon pays basque m'a défendu contre la détresse. Jusque dans l'ère de Blum et sous le signe de Jouhaux, je vous jure qu'il n'a pas épuisé les ressources de sa magie..."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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lundi 29 novembre 2021

PROVERBE BASQUE DU JOUR ET FÊTE DU 29 NOVEMBRE 2021 SAINT SATURNIN - ZERNIN


PROVERBE DU 29 NOVEMBRE 2021 (SAINT SATURNIN) (ZERNIN).


SATURNIN : Premier évêque de Toulouse, Saturnin (ou Sernin) aurait été martyrisé vers 250, au temps des empereurs illyriens.



religion catholique saint sainte saturnin
29 NOVEMBRE SAINT SATURNIN DE TOULOUSE

Saturnin a été selon la légende attaché à un taureau sur le forum de Toulouse, l'actuelle place Esquirol, et traîné dans les rues jusqu'à l'endroit où s'élève aujourd'hui l'église Notre-Dame du Taur (ou du Taureau). 

Son corps a été enseveli par deux soeurs dénommées Puelles.

Les restes de saint Saturnin reposent aujourd'hui dans la basilique Saint-Sernin.

Saturnin est un saint de l'Eglise, célébré le 29 novembre.




ZERNIN : Tolosako lehen apezpikua (+250), aspalditik ezagutzen da Euskal Herrian "Jondoni Satordi" izenez. St. Saturnin, S. Saturnini.

Saturnino (es), Saturnin (fr), Saturninus (en).

Saturninus "Saturnus-ena" hitzetik dator. Saturnus erromatar jainkoa eta Latioko lehenengo erregea izan zen. Done Saturdi, berriz, Okzitaniako Tolosako apezpikua izan zen III. mendean. Iruñeko san Zernin (ez nahasi san Ferminekin) santu hau bera da. Santuaren eguna azaroaren 29an da. Aldaerak : Satordi eta Zernin.




Une naissance du 29 novembre : Emile André Lichtenberger.



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EMILE ANDRE LICHTENBERGER


Né le 29 novembre 1870 à Strasbourg (Bas-Rhin) - Mort le 23 mars 1940 à Paris.

C'est un historien spécialiste du socialisme, un essayiste et romancier français.

Après l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne, sa famille quitte l'Alsace pour le Pays Basque.

André est alors élève au lycée de Bayonne.

Il restera toute sa vie attaché au Pays Basque sur lequel il écrira plusieurs livres.

Ensuite, il continuera ses études au lycée Louis-le-Grand à Paris, avant d'étudier l'histoire-géographie à la Sorbonne.

En 1891, André est reçu deuxième à l'agrégation d'histoire et géographie.

En 1895, il soutient sa thèse pour le doctorat ès lettres sur Le Socialisme au XVIIIe siècle.

En 1895, également, il épouse à Boucau Jeanne Sautereau, avec laquelle il aura une fille, Marguerite, qui deviendra femme de lettres.

De 1897 aux années 1930, il publie de nombreux ouvrages dans des domaines très divers, allant des essais politiques à la littérature enfantine, dont deux romans liés au personnage de Trott. Ces ouvrages pour la jeunesse feront sa renommée.

Après la publication d'un roman historique, en 1900, il est remarqué par Paul Doumer, qui en fera son assistant puis son chef de cabinet quand il sera président de la Chambre des Députés, de janvier 1905 à mai 1906.

Pendant la Première Guerre mondiale, André va collaborer avec les généraux Gallieni, Lyautey et Gouraud.

Il meurt le 23 mars 1940, à 69 ans, d'une hémorragie cérébrale.



Voici le proverbe du lundi 29 novembre 2021 :


GATU OKHERRA BEZAIN JELOSKORRA.

Aussi méfiant qu'un chat borgne.


culture animal chat borgne
CHAT BORGNE





(Source : https://www.herodote.net/ et WIKIPEDIA et https://www.euskaltzaindia.eus/)



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lundi 21 juin 2021

L'ÉCRIVAIN ANDRÉ LICHTENBERGER ET LE PAYS BASQUE EN 1924

ANDRÉ LICHTENBERGER AU PAYS BASQUE EN 1924.


Emile André Lichtenberger est un historien spécialiste du socialisme, un essayiste et romancier français.

Elève au lycée de Bayonne, il restera toujours attaché au Pays Basque sur lequel il a écrit plusieurs livres.




pays basque historien ecrivain
ANDRE LICHTENBERGER 1930


Voici ce que rapporta la revue La Côte basque : revue illustrée de l'Euzkalerria, le 11 mai 1924 :


"C’est du Pays Basque que je vous adresse ces lignes. C’est un des endroits du monde qui me sont le plus intimement chers. 



Parmi mes souvenirs d’enfance, les plus précieux s’y rapportent.



Quand il nous fallut quitter quitter l’Alsace, c’est là que nous vînmes chercher une terre accueillante, un climat plus doux, la santé. Après ma mère, de sa collaboration avec elle, c’est sans doute à lui que je dois d’avoir vécu.



Dans la grand’rue de Saint-Jean-de-Luz, juste en face l’église, une vieille demoiselle habitait une antique maison. Tout seul, un garçonnet blond et pâle était admis, en des jours solennels, à déjeuner en face d’elle. J’ai encore dans les narines l’odeur de bois et de cire de l’escalier aux marches usées, sur la langue le goût sucré de l’épaisse sauce tomate qui accompagnait le poulet, et dans l’œil les dessins à la Daumier qui ornaient un petit endroit réservé à certains isolements. Les merveilleux coquillages du salon, et l’énorme poisson desséché, tout rond, hissé de piquants, qui ornait une console m’ont fait entrevoir les mystères de la vie obscure dans les océans. Et le petit Trott en garde l’image avec moi.



livre pays basque
LIVRE LE PETIT TROTT D'ANDRE LICHTENBERGER



Une autre silhouette qui m’est demeurée présente, c’est celle de Julie, la vieille Basquaise. Elle nous apportait l’eau dans une grande cruche noblement posée sur sa tête. Elle me paraissait déjà infiniment vieille. Je l’ai revue, il y a vingt-cinq ans. A cette époque elle avait encore une dent dans sa bouche qui riait toujours.



Au moment des tempêtes d’équinoxe, l’écume des lames franchissait la jetée, s’abattait jusque sur les vitres de la maison qu'un petit pont de bois lui réunissait. Quelquefois, au matin, il y avait un bateau à la côte, et la plage était couverte de débris pareils à des ossements.



Le décor superbe de la Rhune est un des premiers qui se gravèrent dans ma mémoire. Cette montagne qui a 900 mètres de haut fut mon Haurisankar et mon Olympe.



Il y avait les grandes parties de pelote, de village à village, et, plus angoissante encore, entre Espagnols et Français. Je revois les silhouettes des trois frères Larronde, Hiataz, le géant d’Hasparren, Chilar de Souraïde...Il y a quelques années encore, on rencontrait celui-ci voûté et amaigri, mais toujours l’œil aigu, le nez coupant et la bouche railleuse, à Biarritz, le jour de la fête des Basques. Il y eut un petit prodige, le jeune Otharré, qui, bien plus tard, enseigna la pelote à Loti, devint un gros aubergiste à Ascain et est mort l’an dernier. A l’égal d’Achille aux pieds légers, du Général Dourakine et du "capitaine de quinze ans", ces héros exaltèrent mon âme. Les grandes batailles de ces Illiades se jouaient au rebot, à "Chistera". Un chanteur proclamait les points. Quand sonnait l’Angelus, les gestes souples s’immobilisaient et tous les fronts se découvraient jusqu’à ce que Dieu eût passé.



pays basque autrefois pelote
LE CHANTEUR DE POINTS A LA PELOTE : FERDINAND



Plus tard nous nous fixâmes à Biarritz. Il me fallait faire mes classes au lycée de Bayonne. J’y eus des succès flatteurs, notamment en philosophie où je ramassai tous les prix. Mais Biarritz est moins imprégné de la vie traditionnelle, plus moderne que St-Jean-de-Luz. Il l’emporte par la splendeur du site. J’ai vu pas mal de mers. Rien qui égale les tempêtes déchaînées sur le plateau du phare où les immenses houles de la côte des Basques ou de la Chambre d’Amour.



Des marins qui ont fait plusieurs fois le tour du monde sont de mon avis.



Jusqu’à la guerre, chaque année, depuis que j’ai cessé d’habiter "le Pays", j’y suis retourné avec les miens pour les mois de vacances. Après moi, mes petites parisiennes de filles lui ont dû la santé. Maintenant apprend à y barboter la nouvelle génération. Chaque année, de ce coin incomparable, les délices me sont apparues plus prenantes.



Jadis je l’aimais seulement. Depuis vingt ans j’ai passablement voyagé, parcouru toute l’Europe, un peu d’Orient, des parcelles d'Asie et d’Afrique. Je sais maintenant que je le préfère. Ivre d’Egypte et de l’Acropole, je l’ai chéri davantage. Durant la guerre rentrant du Maroc flamboyant à travers l’Espagne, en feu, c’est là que je retrouvais la nuance et la grâce mesurée, plus belles que la beauté. C’est là que désormais j’ai mes plus belles attaches.



En quoi proprement consiste le charme du Pays Basque ? Il résulte, avant tout, je pense, de son unité profonde, grave et douce, et de l’harmonieuse variété en quoi elle se décompose. Il n’a rien de la violence un peu théâtrale de la Côte d'Azur. Il est noble, nuancé, discret, ne se livre complètement qu’à qui sait méditer son sourire. Ses routes blanches, ses chemins creux, ses villages aux maisons élégantes et sévères comme ses matrones, sont d’une beauté sobre et sûre. Le mystère de sa montagne égale celui de son océan. Il y a quelques années à peine que l’on commence à visiter, près de Tardets des gouffres pareils aux "canons" du Colorado. Ses forêts ont des gravités de temple. Et ses torrents guillerets sautillent comme des fandangos.



La lumière y est prodigieuse. Dans les jours de vent du Sud, les plans se rapprochent, tout est cru et dur. Certaines nuits lunaires ont l’éclat d’un orient bleui. Les couchers de soleil d’Octobre flamboient dans la braise aveuglante ou s’alanguissent dans tous les tons indicibles de la nacre et de l’opale.



Et ces grâces des choses s’accroissent de la grâce des hommes. Si loin que remontent les siècles, sur la vieille terre d’Aïtor, entre sa mer et ses montagnes, est demeurée, cramponnée au sol, la même race étrange, jalouse de son âme. Je sais : l’émigration l’a appauvrie. Et l’invasion de l’étranger, la tendance de l’âge moderne à tout unifier, à tout égaliser, a enlevé quelque chose à son âpre originalité, comme elle a fait disparaître en partie ses anciennes coutumes. Tout de même, elle conserve une dignité, une pureté, une fidélité à ses usages qui la maintiennent elle-même. Aux fêtes de Sare et d’Urrugne, cette population, aux traits nobles, aux attitudes magnifiques, au parler déconcertant, n’a rien d'une foule villageoise. Pas plus que le diable ne put apprendre son langage, la démocratie universelle n’a pu la déraciner. Ici, semble-t-il, les choses sont moins passagères, moins fugaces, moins vulgaires qu’ailleurs sur la terre. Dans ce pays, l’atmosphère est paisible et rassurante aux vivants. Et la mort y est moins laide. Les hideux cimetières de nos grandes villes lui confèrent une horreur factice. Goûter le repos éternel, dans la grande nécropole de Scutari ou sur la grève de Rabat n’a rien d’effrayant. Tout de même j’aimerais encore m’endormir dans un petit cimetière basque, que je sais, familier et discret, entre l’église fraîche aux vastes balcons de bois où viennent prier les vieilles et la place du jeu de paume où les pelotes claquent au mur, tandis que sous le joug, deux grands bœufs blancs traînent un char aux roues pleines, précédés d’un pâtre qui lève l'aiguillon d’un geste ancestral, et lance, dans la paix du soir, un chant guttural, séculaire et mélancolique."



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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