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mercredi 17 juillet 2024

LE PORT DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1837 (deuxième et dernière partie)

 

LE PORT DE BAYONNE EN 1837.


En Pays Basque Nord, le port de Bayonne est un port actif depuis de très nombreuses années et au 19ème siècle c'est un port important.



pays basque autrefois labourd port
GRAVURE DU PORT DE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire Le Moniteur Industriel, le 2 juillet 1837, sous la 

plume d'Al. Daumont :



"Statistique des ports de France. 

Bayonne. 



... Les exportations de Bayonne se composent des bois des Pyrénées, des vins de Béarn, de Bigorre et de Chalosse, des eaux-de-vie d’Armagnac, des résines, brays, goudron, térébenthine, bois, mâts, planches et poutres des Landes, laines du Béarn et des Landes, jambons dits de Bayonne, mais préparés à Pau et à Orthez.



Si le canal des Pyrénées venait à se réaliser un jour, Bayonne, aidée de cette unique ressource, s’élèverait rapidement au rang des villes les plus florissantes. 



Cette ville, resserrée dans l’étroite enceinte de ses fortifications, n’a rien de bien remarquable ; elle n'a aucun édifice digne de fixer l’attention, si ce n’est, tout au plus, sa cathédrale ; ses rues ne sont ni larges, ni belles, ni régulières, ni bien bâties ; mais des maisons simples, d’une propreté extrême, des rues animées par l'activité du commerce, des magasins bien ornés et parfaitement approvisionnés lui donnent un aspect gai et animé ; Bayonne, en un mot, ressemble à ces femmes qui, dépourvues de charmes, plaisent plus que d’autres par les grâces ou l’amabilité de leurs maniérés. La société y est douce et agréable, et quoique l'esprit des habitans soit comme on doit bien s’y attendre, presque exclusivement tourné vers le commerce et les spéculations, on y rencontre un grand nombre d’hommes très distingués par l'étendue et la variété de leurs connaissances. Parmi les maisons de commerce notables, nous pouvons citer MM. Bardewish, d’Arcangues, Balasque, Lannes frères, Lahirigogen, Bacques, Recur, Poydenot, Ytharbide et Daguerre d’Hospital.



Les dames de Bayonne se distinguent par leurs grâces naturelles et par celui de leur esprit. Dans les classes inférieures, la population est admirablement belle ; rien de plus gracieux que ces jolies Basquaises au teint vermeil, à la taille élégante et svelte, à la physionomie vive et spirituelle, aux fichus de mousseline arrangés avec tant d’art et de coquetterie sur leurs jolies tètes ; et ces Basques, à la prestance leste et assurée, à la taille riche, souple et relevée, à l’air libre, fier et dégagé, quel contraste ne forment-ils pas avec ces pauvres chétifs Lanusquets, ou Landais, que l'on voit, couverts des haillons de la misère, circuler lentement et gauchement dans les rues de Bayonne ; l’on dirait que ces gens-la ne savent marcher que sur leurs échasses. L’on a peine à comprendre, en voyant ces deux races si disparates, qu’elles ne soient séparées que par le cours d’une rivière. Il y autant de différence entre un Basque et un Lanusquet qu’entre un Suédois et un Hottentot.



Les allées Boufflers, peu fréquentées, et les allées marines, qui le sont beaucoup, sont les seules promenades de Bayonne. Les allées marines forment une ou plusieurs belles avenues qui se prolongent le long de l’Adour, à une demi-lieue de la ville, et que on a le projet de continuer jusqu’aux bords de la mer. Cette promenade bien ombragée, animée par la vue du port, est très agréable, et elle mérite d’être visitée. 



Les environs de Bayonne sont charmans ; c’est dans le joli vallon sillonné par la Nive que l’on admire surtout des sites délicieux ; les habitans de la ville les choisissent de préférence pour venir s'y reposer de leurs travaux ; leurs maisons sont répandues comme au hasard au milieu de prairies fleuries ou à l’ombre de ces hauts châtaigniers qui couronnent les crêtes et la pente des collines. C’est dans cette belle vallée que l’on voit ce fameux château de Marracq qui rappelle tant de tristes et glorieux souvenirs.



Biaritz et la Chambre-d’Amour sont les lieux habituels des parties de plaisir des Bayonnais. Biaritz est un petit village au bord de la mer à trois quarts de lieue de Bayonne ; l’on va y prendre des bains ; c’est en cacolet que l’on fait ce trajet. Le cacolet a acquis une sorte de célébrité ; il y a vingt ans qu’un ermite fameux prit soin d’en étendre la renommée. Le cacolet n'est autre chose qu’un bât placé sur un cheval, avec des fauteuils de chaque coté, où l’on assoit les voyageurs, tandis qu’une Bidartine, le fouet à la main, presse la marche pénible de la monture, obligée de porter double charge, et qui, dans son âme, si elle en a une, donnerait je crois, de bon cœur au diable l'inventeur de cette belle découverte. Les étrangers les plus distingués, les hommes les plus graves et les plus honorables ne se refusent pas de payer leur tribut à la vogue. Les dames de Bayonne ne manquent jamais de demander aux étrangers : "Avez-vous été à Biaritz en cacolet ?."



pays basque autrefois cacolet voyage
PROMENADE EN CACOLET
PAYS BASQUE D'ANTAN


La Chambre-d’Amour est une grotte plus célèbre par la catastrophe dont elle fut le théâtre que par ses beautés naturelles. C’et une histoire un peu réchauffée de celle de Héro et de Léandre si connue. Il s’agit de deux tendres amans qui, s'y étant donné rendez-vous, sans doute pour causer plus à l’aise, oublièrent les heures et eurent le désagrément de se voir surpris par les vagues. Voici les vers pompeux dans lesquels un de nos illustres poètes raconta la péripétie de cette lamentable aventure :


Muse, redis quels cris mille flots repoussèrent, 

Peins-toi de ces amans la soudaine pâleur, 

Dis avec quel effroi leurs beaux corps s’embrassèrent, 

Dis en quel long naufrage expira leur douleur



pays basque autrefois côte plages
CÔTE DES BASQUES 1843
PAYS BASQUE D'ANTAN


Un beau pont de bois réunit Bayonne au St-Esprit, qui n’est qu'un de ses faubourgs, mais il appartient au département des Landes et est administré séparément. Sa population est de 6 000 habitans dont la moitié sont des Juifs portugais. Expulsés de leur pays, il y a plus de 200 ans, et ayant obtenu un asile en France, les habitans de Bayonne refusèrent de les recevoir, on les établit alors au St-Esprit, où ils se livrèrent au commerce et au courtage ; quoique domiciliés au St-Esprit, ils ont leurs comptoirs à Bayonne où se traitent toutes leurs affaires ; on compte parmi ces familles Israélites des noms très recommandables dans le commerce, comme ceux de Marcqfoi, Nugnès, Rodriguès fils et Furtado.



pays basque autrefois labourd port pont
PONT MAYOU BAYONNE 1835
PAYS BASQUE D'ANTAN



Cette séparation en deux administrations municipales des deux parties d'une même ville, qu’une même communauté d'intérêts réunit est une véritable anomalie ; les habitans de Bayonne l'ont signalée au gouvernement, et ils sont partis de là pour solliciter la formation d’un nouveau département, sous le nom de département de l'Adour. Les motifs sur lesquels ils appuient cette réclamation sont très spécieux ; mais si elle était accueillie, ce serait ouvrir la porte à des demandes analogues de villes autant et bien plus importants que Bayonne, telles que le Havre, St-Etienne, Toulon, Brest, Douay etc., qui ne sont que des chefs-lieux d'arrondissement. Il faudrait alors refondre toute notre division territoriale, déjà si fractionnée. Lorsque Syèyes présenta à l'assemblée constituante le rapport du comité de division départementale, il exprima en son nom le regret de ne pouvoir accorder des chefs-lieux aux villes que venons de nommer et à quelques autres telles que Bayonne, Montauban et Saumur. Maintenant que cette division, si admirable dans son ensemble, si utile dans ses résultats, a été consacrée par 50 ans d’existence, il faut la respecter. Bayonne est le siège d’une division militaire, d’un évêché, d’un hôtel des monnaies, d'une administration des douanes : une préfecture n'ajouterait rien à l'importance de cette ville si intéressante. Ce qu’il faut à Bayonne, ce que ses habitans doivent désirer, c’est la tranquillité de l’Espagne, sa prospérité, le développement de sa richesse, de bonnes relations politiques et commerciales avec ce pays ; ce qu’il faut à Bayonne, ce sont des améliorations à la navigation de l’embouchure de l’Adour, l’exécution du canal des Pyrénées, un chemin de fer jusqu’à Bordeaux, et de Bordeaux à Paris ; avec cela elle pourra se consoler facilement de l’absence d’une préfecture.



                                                        Saint-Jean-de-Luz



Les vagues monstrueuses du terrible golfe de Gascogne menacent sans cesse l’existence de cette ville, et leurs efforts continus en ont déjà renversé une partie ; deux fois, en 1777 et en 1788, elle a failli être engloutie sous les flots. Quel est le sort qui lui est réservé ? Combien de temps encore pourra-t-elle lutter avec l’Océan furieux qui semble réclamer une proie ? Autrefois Saint-Jean-de-Luz avait quinze mille habitans, il lui en reste trois mille cinq cents, en y comprenant Ciboure, qui n’en est séparé que par un pont ; une partie des maisons ruinées, abandonnées, attestent sa décadence, et pourtant cette ville a eu, comme tant d’autres, son époque de prospérité ; elle fut célèbre dans l’histoire par le mariage de Louis XIV et dans le commerce par ses nombreux armemens pour la pêche de la baleine. Les intrépides marins de Saint-Jean-de-Luz furent les premiers qui osèrent s’attaquer au colosse de l’Océan ; c’est vers le milieu du quatorzième siècle que les Basques s'adonnèrent à cette pêche qui leur valut le renom des marins les plus audacieux. Cette source de richesse fut bientôt partagée par Cap-Breton et Bayonne ; les baleines étaient alors si nombreuses dans le golfe qu’avec le prix des droits seigneuriaux qui résultaient des armemens, Edouard III trouva moyen d’armer et d’équiper une flotte ; la chair et la langue des baleines était vendues sur le marché et recherchées comme des mets très délicats, et la clôture d'une infinité de propriétés était formée avec les débris de leurs os.



Les baleines, poursuivies avec acharnement, s’éloignèrent de ces parages et furent se réfugier sous les glaces des pôles ; les Basques les y suivirent, et il paraît avéré qu’ils abordèrent à Terre-Neuve et au Canada bien avant la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb.



pêche chasse baleine basques marins
CHASSE A LA BALEINE



Saint-Jean-de-Luz n’a rien qui la recommande à l’attention de l’étranger, excepté le danger imminent de sa situation. La guerre civile d’Espagne a donné quelque activité à son commerce ; presque tous les approvisionnements achetés en France pour les deux partis belligérans sont expédiés et embarqués à Saint-Jean-de-Luz..."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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lundi 17 juin 2024

LE PORT DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1837 (première partie)

LE PORT DE BAYONNE EN 1837.


En Pays Basque Nord, le port de Bayonne est un port actif depuis de très nombreuses années et au 19ème siècle c'est un port important.



pays basque autrefois labourd port
GRAVURE DU PORT DE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire Le Moniteur Industriel, le 2 juillet 1837 :



"Statistique des ports de France. 

Bayonne



En venant de Bordeaux, lorsque le voyageur arrive sur les hauteurs de Saint-Étienne, qui dominent Bayonne, il repose avec plaisir ses regards, fatigués de la triste uniformité des Landes, sur cette ville qui se déroule à ses pieds comme un panorama, sur ses fortifications, son beau fleuve couvert de navires, et sur ses riantes campagnes. Ce contraste d’objets pleins de mouvement et de vie avec la monotonie des solitudes qu’il vient de quitter le pénètre d’une prévention toute favorable à la ville vers laquelle il descend, et s’il s’est un peu occupé de l’histoire de cette contrée, l’intérêt s’accroît de ses souvenirs.



Il est en effet peu de villes qui en offrent de plus vifs et de plus attachans. Son origine remonte à l’histoire des Gaules. Nous ne chercherons pas à soulever le voile qui couvre cette vénérable antiquité : nous nous contenterons de glaner dans le champ assez fécond des faits constans et avérés.



Ce fut dans les murs de Lapurdum (nom primitif de Bayonne, qui se conserva jusqu’au Xe siècle) que les députés de la Novemlopulanie prirent la généreuse résolution de résister aux armes victorieuses du conquérant des Gaules. César chargea son lieutenant Crassus de les soumettre, et la cause de l’indépendance, de la justice et de la liberté succomba devant la supériorité de la discipline et de la science militaire de Rome. Bayonne devint dès lors le lieu de la résidence d’un tribun, d’une légion et d’une flotte stationnée dans l’Adour. C’était déjà alors une cité importante, capitale d’une contrée qui comprenait, d’un côté, la petite province de Labourd, dont Irun, Fontarabie et Saint-Sébastien faisaient partie ; et, de l’autre, le pays des Boïens, qui s’étendait dans les Landes, le long de la côte, jusqu’au bassin d’Arcachon.



Un grand nombre de souverains ont habité cette ville, ou du moins ils y ont résidé momentanément ; dans le nombre, nous citerons l’empereur Auguste, Julien l'Apostat, plusieurs de nos rois des première et seconde races, les rois d’Angleterre Richard II et Henri III, qui y fixa sa résidence ; Louis XI, François 1er, Charles IX, Henri IV, Louis XIV, Napoléon, et les rois d’Espagne Charles IV et son fils Ferdinand VII.



Bayonne a éprouvé bien des vicissitudes, prise en 712 par les Sarrasins, ses habitans embrassèrent l’islamisme, mais sans devenir, à ce qu’il paraît, de très fervents musulmans, car, assiégés vingt-deux ans après, ils capitulèrent et consentirent de très bonne grâce à redevenir chrétiens. Au VIIIe siècle, les Normands s’en emparèrent et s’y fortifièrent ; de là leurs flottilles remontaient l’Adour et le Gave, et allaient porter la dévastation dans le Béarn et la Gascogne.



Pendant la longue lutte entre la France et l’Angleterre, Bayonne était la principale place d’armes des Anglais ; ils y préparaient leurs armemens par terre et par mer ; et lorsqu’ils perdirent Bordeaux, elle devint le centre de leur puissance et le rendez-vous de tous les capitaines anglais et gascons.



Ce fut sous la domination anglaise que Bayonne acquit ces franchises qu’elle défendit depuis avec tant d’ardeur et de persévérance. Jean sans terre, devenu roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine, lui accorda une charte qui pourrait être enviée par beaucoup de villes de l’Europe moderne. La ville s’imposait elle-même, elle était gouvernée par un maire, nommé par le souverain sur la présentation de trois candidats, et par un conseil composé de cent pairs, dont douze échevins nobles, douze jurats négocians et soixante-seize conseillers bourgeois ou artisans, tous nommés librement par le peuple. Cette assemblée délibérait souverainement sur toutes les affaires d’administration, de justice et de police. La libéralité des institutions de la ville de Bayonne et son association aux villes anséatiques en fit une espèce de république comme Marseille et La Rochelle. Ses privilèges, quoique souvent modifiés, se sont conservés jusqu’à l’époque de la révolution.



blason ville bayonne pays basque gascogne labourd
ARMOIRIE VILLE DE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les armes de Bayonne portaient une devise un peu gasconne : Numquam polluta, jamais souillée, ou toujours vierge. Pourtant elle a été prise et reprise sept fois alternativement par les Anglais et les Français, et ce ne fut que sous Charles VII qu’elle fut enfin réunie définitivement à la France. Depuis, ses habitans se signalèrent par leur dévoûment à la patrie ; ils se couvrirent de gloire par leur belle défense contre les Espagnols en 1523. Tous les habitans, hommes, femmes et enfans, accoururent à la défense de leurs remparts. C’est dans cette occasion que les arquebuses, les fusils, ayant manqué, l’on forgea

Cette arme que jadis, pour dépeupler la terre, 

Dans Bayonne inventa le démon de la guerre. 



En 1360, Bayonne éprouva un désastre inouï, et l’histoire n’offre pas l’exemple d’une aussi effrayante catastrophe. Une tempête terrible jeta tout-à-coup une si énorme quantité de sable à l’embouchure de l’Adour, que le cours du fleuve se trouva tout-à-coup obstrué.



adour pays basque bateaux
LES BATEAUX SUR L ADOUR EN 1840


Le volume des eaux devint immense ; elles se répandirent dans la ville, dont elles engloutirent une partie, et le reste fut sur le point d’être complètement détruit. Sur les deux rives de l’Adour et de la Nive, elles s’élevèrent à une hauteur prodigieuse et causèrent d'immenses ravages. Enfin, ayant trouvé tout-à-coup une issue sur leur droite, elles s’y précipitèrent et s’ouvrirent à travers les sables un nouveau passage vers la mer, à six lieues au nord de la ville, dans un lieu appelé aujourd’hui le Vieux-Boucaut. Ce terrible désastre ruina Bayonne ; son port ne pouvant plus admettre que des navires de 25 à 30 tonneaux, tout le commerce de cette ville passa à Cap-Breton et au Vieux-Boucaut. Ce ne fut que 200 ans après que l'architecte Louis de Foix exécuta de grands travaux qui ramenèrent l'Adour à son ancienne embouchure. En 1684, elle fit une nouvelle excursion sur sa droite, du côté d’Anglet, mais les habiles travaux d’André Ferry forcèrent ce fleuve vagabond à reprendre son ancienne direction. Deux fortes digues en maçonnerie furent construites depuis pour maîtriser enfin son inconstance.




pays basque autrefois fleuve
L'ADOUR AUTREFOIS




pays basque autrefois labourd port
BAYONNE 1835
PAYS BASQUE D'ANTAN


L’entrée du port de Bayonne est éminemment dangereuse ; elle a été funeste à une infinité de navires qui sont venus se perdre sur sa barre, banc de sables mobiles qui semblent fermer son embouchure. L’on a établi au Boucaut un corps de pilotes qui rendent les plus grands services ; ils sont chargés d’étudier continuellement la position du banc et d’introduire les bâtiments dans l’Adour, qui peut recevoir des navires de 500 tonneaux. Plusieurs projets avaient été formés pour l’amélioration de son cours ; le célèbre ingénieur Prony avait proposé, sous l’Empire, d’en resserrer le lit de 115 toises à 41 ; il pensait que la vitesse de la masse des eaux ainsi resserrées aurait enlevé et fait disparaître le banc de sable ; un autre projet, plus vaste et plus grand, formé à la même époque et renouvelé depuis sous le règne de Charles X, consistait à détourner le cours de l’Adour du côté de Biarits et d’en diriger les eaux vers un lac très profond situé au bord même de la mer. C’est là où l’on aurait créé un port.



france ingénieur hydraulicien encyclopediste
GASPARD DE PRONY


La chambre des députés, dans l'une de ses dernières séances, a voté des fonds considérables pour les travaux d’amélioration des ports de France ; vingt d’entre eux ont reçu des allocations plus pu moins considérables : le petit port de Cannes a obtenu 460 mille francs ; Lorient, 400 mille ; Saint-Malo, 900 mille ; Bayonne a été complètement oubliée, et cependant il est peu de villes maritimes aussi dignes de sollicitude ; il y en a peu, du moins parmi les ports du second ordre, dont la position ait une importance plus réelle et plus positive ; il n’y en a point où il y ait d’aussi habiles constructeurs et où l’on construise des navires aussi supérieurs : Bayonne abonde en ressources pour tout ce qui est nécessaire au gréement et à l’armement des navires ; les mines de cuivre de Baygorri, qui n'en sont pas éloignées, peuvent fournir tout les canons nécessaires à la marine ; enfin, il est peu de villes qui fournissent une aussi nombreuse pépinière d’excellens matelots.



Les fortifications de la place, considérablement augmentées depuis 1814, en font un des boulevards les plus formidables de la France.



Bayonne est admirablement placée pour le commerce. En temps de guerre, elle a l’approvisionnement des troupes ; en temps de paix, elle fait presque tout notre transit avec l'Espagne ; en 1835, la totalité de nos exportations par terre pour ce pays a été de 1 622 000 kil. de marchandises de toute espèce, représentant une valeur de 12 millions de francs ; Bayonne seule en a reçu et expédié 1 295 000 kil., quantité égale au quart de celles exportées par Strasbourg, ville du transit le plus considérable de France par la voie de terre, et en y comprenant les ports de mer : Bayonne pour l’importance du transit par terre et par mer, se trouve placée immédiatement après Marseille, le Havre et Strasbourg.



Dans cette même année, Bayonne a reçu 828 navires chargés, dont 321 étrangers, 401 venant du petit cabotage, et 7 de la pêche de la morue. Elle en a expédié 975, dont 368 étrangers, 11 pour la pêche de la morue ou de la baleine, et 415 pour le cabotage. Il est en outre entré 236 navires sur lest, et il en est sorti 107 sans chargement."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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vendredi 27 octobre 2023

LES PRIMES POUR LA CHASSE À LA BALEINE AU PAYS BASQUE EN 1816

LES PRIMES POUR LA CHASSE À LA BALEINE EN 1816.


Dès 1785, des primes sont accordées, en France, aux armateurs pour la chasse à la baleine.




pays basque autrefois chasse baleine
BLASON DE LA VILLE DE BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette nationale ou le Moniteur universel, le 22 février 1816 :



"Ordonnance du Roi relative aux primes pour la pêche de la baleine

Au château des Tuileries, le 8 février 1816. 



Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, 



roi france louis 18
ROI LOUIS XVIII


A tous ceux qui ces présentes verront, salut : 


Sur le rapport de notre ministre secrétaire-d’état au département de l'intérieur ; 



Les anciens succès de nos sujets basques et les progrès récents des armateurs de Dunkerque et de plusieurs de nos autres ports dans les pêches de la baleine et du cachalot, nous ont fait sentir la nécessité de reproduire, en faveur de cette pépinière de nos matelots, les encouragements accordés en 1785 et 1786, confirmés par la loi du 27 mai 1792, renouvelés par les arrêtés des 9 nivôse et 17 prairial an 10, et dont les guerres maritimes ont seules suspendu les bons effets ; 



Notre conseil-d’état entendu, 


Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit : 



Titre Premier. 

Encouragements.



Art. 1er. Aux termes de la loi du 27 mai 1792, les armateurs des ports de notre royaume jouiront d’une prime de 50 francs par tonneau de jauge de chacun des navires qu’ils expédieront, pour les pêches de la baleine ou du cachalot, dans les mers du Nord ou du Sud. 



pays basque autrefois chasse baleine islande
CARTE DE CHASSE A LA BALEINE DANS L ATLANTIQUE NORD


2. La prime sera payée sur le nombre des tonneaux que pourra porter le bâtiment, sans aucune déduction ; à l'effet de quoi il sera jaugé contradictoirement par le jaugeur des douanes et le jaugeur de la marine du port de l'armement. 



3. Dans le cas où le navire, ayant doublé le cap de Horn, ou franchi le détroit de Magellan, aurait fait ladite pêche des baleines ou des cachalots, ou de tous autres cétacées ou amphibies à lard, dans l’océan Pacifique, et rentrerait dans un port de France, chargé de produits d’une telle pêche, après une navigation de plus de seize mois et de moins de vingt-six, l’armateur recevra, au retour dudit navire, une seconde prime égale à celle déterminée par l’art. 2. 



4. La prime de cinquante francs par tonneau sera avancée par notre ministre secrétaire d’état de l’intérieur, sur les fonds d’encouragement du commerce et de la navigation mis à sa disposition. 



5. Pendant trois ans à compter de ce jour, les armateurs pour lesdites pêches pourront se pourvoir de navires étrangers, qui seront naturalisés avant leur départ et sans frais, à charge de ne pouvoir les employer qu’auxdites pêches, sauf une autorisation spéciale de notre secrétaire-d’état ministre de la marine, laquelle ne pourra être accordée qu’après au moins une campagne de pêche faite par ledit navire. 



6. Pendant trois ans à compter de ce jour, les armateurs pourront composer leurs équipages, tant en états-majors qu’en matelots, de deux tiers d’individus étrangers et d’un tiers de Français. 



7. Du jour où le rôle d’équipage aura été remis par l’armateur au commissaire de l’inscription maritime, les individus y portés ne pourront être commandés pour le service de nos vaisseaux, jusqu’au retour du navire pêcheur. 



8. Le harponneur, le timonier et les matelots loveurs de ligne de chacune des chaloupes baleinières d’un navire baleinier, ne pourront être commandés pour ledit service, tant qu’ils exerceront ou seront engagés pour exercer ladite pêche. 



pays basque autrefois chasse baleine
CHASSE A LA BALEINE PAYS BASQUE


Titre II. 

Conditions, formalités. 



9 Les primes sont accordées à la charge par l’armateur, 


1°. De faire suivre à son vaisseau sa destination pour les pêches susdites ; 


2°. De faire son retour dans un port de notre royaume ; 


3°. De n’apporter dans les dits ports aucun fanon, blanc, huile ni matière quelconque résultant de pêche étrangère ; 


4°. De tenir journal de la navigation. 



10. L’armateur déclarera au bureau de la marine du lieu du départ, à laquelle des deux pêches, septentrionale ou méridionale, il destine son navire. Le rôle d'équipage contiendra la désignation spéciale des âges, lieux de naissance et fonctions de pêche des individus engagés comme timoniers, loveurs de ligne et harponneurs de chacune des chaloupes de pêche. 



11. Au retour de chaque navire, le préfet maritime, ou le commissaire de marine, entendra collectivement ou séparément les hommes de l’équipage, et conférera avec leurs déclarations le journal de bord, pour reconnaître si les conditions prescrites par les articles précédents ont été suivies. 


En cas de contravention à l’art 9, l’armateur rendra le double de la prime à lui avancée ; à l'effet de quoi, avant le départ ; il fournira une caution, qui sera admise, si elle est recevable par le préfet maritime ou le commissaire de marine. 



12. En cas de relâche dans un port où se trouve un fonctionnaire public français, ou de rencontre d’un de nos vaisseaux, le capitaine du navire pêcheur sera tenu de déclarer au fonctionnaire ou à l’officier français les principaux faits de sa navigation et de sa pêche, et d’en prendre acte sur son journal de bord. 



13. Nos ministres secrétaire-d’état de l’intérieur, de la marine et des colonies, et des finances, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution de la présente ordonnance, qui sera insérée au Bulletin des lois. 


Donné an château des Tuileries, le 8 février de l’an de grâce 1816, et de notre règne le 21e. 


Signé, Louis. 


Par le Roi, 


Le ministre secrétaire-d'état de l'intérieur




homme politique ministre louis 18
COMTE DE VAUBLANC



Signé, Vaublanc."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mardi 12 septembre 2023

LES BALEINES AU PAYS BASQUE DE 1842 À 1902

LES BALEINES AU PAYS BASQUE AUTREFOIS.


C'est au début du 20ème siècle qu'a été tuée, au Pays Basque, la dernière baleine en chaloupe.


pays basque autrefois chasse baleine
BLASON DE LA VILLE DE BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta la presse au sujet des baleines aperçues ou chassées au Pays Basque, entre 

1842 et 1902 :



  • La Presse, le 17 février 1842 :

"Basses-pyrénées

Bayonne, 11 février. — Les baleines qui, depuis plus de trois cents ans, avaient abandonné le golfe de Gascogne, viennent d'y reparaître. Ce fait est presque journellement constaté depuis huit jours par les pêcheurs de la côte compris entre Biarritz et le Socoa. Cet événement est l'objet de tous les entretiens. Les marins basques ont toujours eu la réputation d'être au nombre des meilleurs baleiniers."



pays basque autrefois chasse baleine
CHASSE A LA BALEINE
PAYS BASQUE D'ANTAN



  • Le Constitutionnel, le 24 janvier 1854 :

"Les pêcheurs basques, jadis si renommés pour leurs exploits lointains à la pêche de la baleine, viennent de pouvoir se livrer à cette pêche en vue de Saint-Sébastien, le 17 de ce mois. 


"Ce matin vers neuf heures, dit une lettre de cette ville, trois baleineaux furent signalés à l'entrée de la Suricola (fausse baie située à la droite du port). La ville tout entière courut sur les remparts, afin d'assister au curieux et intéressant combat qui allait être livré aux géans des mers par nos hardis pêcheurs.


Bientôt trois chaloupes, montées par douze intrépides marins, se sont présentées et ont cerné les baleines. Pendant deux heures, la population entière a joui d'un émouvant spectacle ; les puissans cétacés ont été poursuivis, attaqués, évités et harponnés ; successivement on les voyait paraître à la surface de la mer, lançant par leurs évents d'énormes jets de sang et d'eau, agiter leur terrible queue, dont le contact aurait brisé les frêles embarcations de leurs ennemis, puis s'enfoncer dans les profondeurs de la mer, en formant un immense remous dans lequel on aurait dit qu'elles voulaient engloutir les hardis marins. A l'aide d'une habile manœuvre, et en filant les forts câbles attachés aux harpons fichés dans leurs corps, les baleines furent, sans prévoir le piège qui leur était tendu, remorquées jusque dans la rade de Saint-Sébastien, où elles furent échouées et achevées. Sur trois baleineaux signalés, deux ont été capturés, le troisième a échappé."


Cet hiver, ajoute le Messager de Bayonne, plusieurs baleines ont successivement été signalées sur nos côtes : à Cap-Breton, à Biarritz, à Saint-Jean-de-Luz, à Saint-Sébastien et à Bilbao."



  • La Gazette Nationale ou le Moniteur Universel, le 2 août 1874 :

"Le Courrier de Bayonne rapporte que dans l'après-midi d'avant-hier, plusieurs étrangers observaient du haut de la côte des Basques, à Biarritz, une masse noire qui flottait près du rivage. C’était une baleine, un cachalot ou cétacé quelconque, plein de vie, qui, après plusieurs allées et venues, s’est échoué, près du gracieux cottage de lady Bruce. Le nommé Greciet, boucher, s’est trouvé le premier sur les lieux, et, usant de ses droits de premier occupant, s’empressa d’attacher une corde à sa queue, afin de ne pas la voir enlever par un coup de mer. Le monstre marin mesure de 8 à 9 mètres de longueur."



  • Le Figaro, le 6 août 1874 :

"... Heureusement, la mer s'est chargée de venir en aide au directeur du Casino. Elle vient de fournir aux baigneurs de Biarritz un spectacle et un but d'excursion. 


Une jeune baleine est venue échouer sur la côte des Basques. Une baleine qui mesure huit mètres cinquante, rien que cela. 


Ayant essayé en vain de la remonter, — on a attelé huit bœufs devant sans pouvoir y réussir, — on l'a solidement amarrée dans le sable où elle est visible tous les jours. 


Naturellement, il y a foule. 


Tous les Basques des environs, sous prétexte à expliquer la baleine, l'exploitent à qui mieux mieux. Il pleut des gros sous autour de ce poisson mort. Les femmes en font le tour avec une curiosité toute particulière. 


— Et dire, s'est écriée l'une d'elles, que c'est avec cela qu'on fait les corsets !"



pays basque autrefois chasse baleine
CHASSE A LA BALEINE
PAYS BASQUE D'ANTAN



  • Gil Blas, le 14 novembre 1881 :

"On sait que, depuis fort longtemps, les baleines font, au moment de l'hiver, leur apparition sur la côte basque franco-espagnole qui s'étend de Bayonne à Santander.


Il y a quelques jours, une immense baleine, de 25 à 30 mètres de longueur, pénétra majestueusement dans la Bidassoa jusqu'au pont international du chemin de fer d'Irun-Hendaye.


Elle redescendit la rivière après s'être bien nourrie de poissons, poursuivie de près par les barques des pêcheurs des deux nations.


Comme la marée descendait, la baleine se trouva traquée et échoua sur un banc de sable, dans une profondeur de six mètres d'eau, du côté de la côte espagnole, près de Fontarabie.


Alors commença un véritable combat naval ; les douaniers, gendarmes pêcheurs, chasseurs, et amateurs espagnols et français, ouvrirent sur le monstre marin un feu très nourri.


Ce curieux combat était suivi par une immense foule échelonnée sur les deux rives, et bien que les balles sifflassent sur les rivages, il n'y eut aucun malheur à déplorer.


Comme la fusillade ne faisait rien sur la baleine, les marins de la canonnière française stationnée sur la Bidassoa pour la surveillance des pêcheurs voulurent l'abattre à coups de canon ; mais la crainte de violer les eaux les retint.


On télégraphia aux arsenaux de Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, pour avoir des harpons et autres engins pour la pêche de la baleine ; malheureusement, la marée, commençant à monter, emporta la baleine, qui, malgré ses blessures, s'en alla majestueusement en haute mer, saluée par une fusillade des mieux nourries."



pays basque autrefois chasse baleine
ECHOUAGE DE BALEINE
PAYS BASQUE D'ANTAN



  • La Petite Gironde, le 2 novembre 1884 :

"Basses-Pyrénées,

On écrit de Biarritz qu'une baleine énorme est venue à deux cents mètres de la côte des Basques. Elle paraissait blessée. Il est donc probable qu'elle viendra s’échouer sur les côtes.



pays basque autrefois chasse baleine
ECHOUAGE DE BALEINE
PAYS BASQUE D'ANTAN



  • La Lanterne, le 24 mai 1901 :

"Baleines sur la Côte Basque.


Il y a environ une quinzaine de jours, une jeune baleine, d'environ six mètres de longueur, vint s'échouer dans le port très peu profond de Saint-Sébastien. Le fait était assez curieux, ces cétacés n'apparaissent que très rarement dans ces parages méridionaux.


Mais voici que le fait vient de se répéter. On annonce de Saint-Sébastien que ces jours-ci une baleine d'assez forte taille fut aperçue à l'entrée du petit port de Zarauz, à quelques kilomètres de Saint-Sébastien. Le cétacé se présenta à la marée haute, près d'Orio. Cinq barques de pêcheurs se mirent aussitôt à la mer pour lui donner la chasse. Les barques cernèrent la baleine et les pêcheurs lui lancèrent plusieurs harpons avec bonheur, car une heure après elle avait succombé et était remorquée dans le port de Saint-Sébastien et traînée sur une rampe du quai. La bête a une longueur de douze mètres et une circonférence de dix mètres."



pays basque autrefois chasse baleine
BALEINE 1863
PAYS BASQUE D'ANTAN



  • La Gazette de France, le 11 novembre 1902 :

"Une baleine capturée.


Saint-Sébastien, 9 novembre. 

— Le bruit s’étant répandu qu’on venait de découvrir une baleine près du port, les pêcheurs de Saint-Sébastien s’embarquèrent, armés de harpons et réussirent à découvrir le cétacé. Ils le blessèrent à plusieurs reprises et le firent échouer sur les rochers. Les embarcations des pêcheurs font la garde autour de leur capture en attendant que la marée permette de faire entrer la baleine dans le port."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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