En 1845, la Ville de Bayonne compte environ 18 000 habitants et est administrée par le Maire François Balasque.
BAYONNE 1843 PAYS BASQUE D'ANTAN
En 1837, la synagogue est construite dans le quartier Saint-Esprit, au nord de la ville de Bayonne.
La communauté juive de Bayonne est ancienne et constituée de différents groupes de fugitifs de
Navarre et du Portugal, établis à Saint-Esprit-lès-Bayonne après l'expulsion des Juifs d'Espagne
en 1492 et du Portugal en 1496.
En 1846, un consistoire est installé à Saint-Esprit, qui est intégré à Bayonne en 1857.
Voici ce que rapporta au sujet de la Communauté juive de Bayonne la revue mensuelle Archives
Israélites de France, le 1er janvier 1846 :
"... La plus grande partie de ce que nous avons dit de Bordeaux convient aussi à la communauté de Bayonne ou plutôt de Saint-Esprit, où se trouve la synagogue. La population israélite s'élève à environ 12 à 1 500 âmes. La célébration du culte y est identiquement la même que celle de Bordeaux, mais pour l'ensemble il y a une différence. Bayonne, sous plus d'un rapport, ressemble à une de nos anciennes kehiloth, comme l'étaient jadis Metz, Mayence et Francfort.
C’est ce qui ressortira, j’espère, des particularités que j’y ai remarquées et dont j’ai à vous entretenir. Comme à Bordeaux, le culte est imposant à Bayonne ; le temple, qui se trouve dans la principale rue de Saint-Esprit, est un magnifique édifice. Vous êtes, ayant d’y entrer, frappé de la noble simplicité de la maison consacrée au Seigneur. Elle a été construite en 1836, et a coûté 110 000 fr. Cet édifice aurait été mieux placé à Bayonne, où les israélites ont leurs établissements commerciaux. Il est vrai de dire que presque tous demeurant néanmoins à Saint-Esprit, c’est sans doute ce motif qui les a portés à y établir le temple.
Ils ont pourvu aux frais de construction du temple par des dons volontaires et par un emprunt fait entre eux. Ce temple est remarquable par son style à la fois simple et sévère ; sa façade se dessine agréablement au coup d’œil. Après qu’on a passé par une belle grille de fer, on se trouve dans une cour, ayant un pavillon à droite, qui est habité par le rabbin ; là se trouve aussi une belle salle : c’est le siège de l'administration du culte ; le pavillon à gauche est habité par le concierge du temple. A l’intérieur, le temple a la forme d’un parallélogramme allongé ; la voûte, qui court d’un bout à l’autre de l’édifice, est légèrement cintrée. Deux rangs de colonnes forment trois nefs et soutiennent les tribunes des dames, qui s’étendent au-dessus des nefs latérales ; de ces tribunes, soutenues par des colonnes, et occupant trois faces latérales du temple, s'élancent autant de pilastres quadrangulaires qui vont jusqu’à la voûte. La nef, d’une étendue de 50 mètres carrés, est en marbre, entourée d’un parquet en bois de chêne. Il y a, comme à Bordeaux, un grand espace carré devant le tabernacle, lequel est recouvert d’immenses rideaux cramoisis occupant toute la hauteur du temple et s’ouvrant facilement par le milieu, au moyen de deux cordons. On monte au tabernacle par plusieurs degrés ; l’arche sainte, au haut de laquelle on lit les dix commandements, est en noyer sculpté et d’une beauté remarquable. Les noms des donateurs sont inscrits sur le mur ; et il y en a de très généreux.
VUE SUR LA GALERIE DES FEMMES SYNAGOGUE BAYONNE
Au milieu du temple, et séparée du tabernacle par un beau parvis de marbre noir et blanc, est une estrade placée sur l’avant d’une sorte de tribune où se tiennent les enfants de chœur et les ministres du culte ; devant la tribune s’élève le chandelier à sept branches.
La chaire est fort élégante ; le service est célébré avec une grande dignité. Nous avons déjà fait remarquer en quoi le chœur de Bayonne, dans lequel nous avons entendu d’excellentes basses-tailles, se distingue de celui de Bordeaux. Le grand chœur de Bayonne est surtout composé de personnes appartenant aux familles les plus honorables ; mais ce qu’on appelle le petit chœur, composé de douze enfants, le cède à celui de Bordeaux pour la tenue et pour la beauté des voix. Le chœur est dirigé avec habileté par M. Salzedo ; un professeur de chant l’exerce pendant la semaine.
Bayonne obtiendra probablement bientôt un Consistoire ; en attendant tout ce qui concerne le culte est dirigé avec zèle et intelligence par l’administration du temple et de la bienfaisance. Le budget annuel du culte se monte à près de 13 000 fr., et, sur les 110 000 fr. qu’on a dépensés pour la construction du temple, il n’est plus dû que 45 000 fr.
Nous avons fait une remarque que plusieurs de nos lecteurs auront peut-être faite également de leur côté : c’est que les fonctions du rabbin, pour être multipliées, sont rendues moins pénibles dans une communauté du rit portugais par le zèle et le dévouement des fidèles, qui respectent au plus haut degré la parole de leur pasteur. Nous n’avons pas entendu prêcher M. Samuel Marx, rabbin de Bayonne, mais les parties de discours qu’il a bien voulu nous communiquer nous l’ont fait connaître sous le jour le plus avantageux ; il a une bonne diction et beaucoup de profondeur d’esprit. On voit qu’il a une immense lecture. C’est un homme qui a l’enthousiasme du bien et qui, avec les excellentes qualités qui le distinguent, sera, lorsque Saint-Esprit aura un Consistoire, un des meilleurs grands-rabbins de France.
Il a, du reste, un vaste champ à cultiver, car l’instruction religieuse est peu répandue dans cette communauté. Aussi M. Marx s’applique-t-il, dans son enseignement, à traduire les prières et à propager ces connaissances théologiques, sans lesquelles le culte, devenant machinal, est privé de l'élément vital qui le fait aimer et qui le maintient.
Nous avons dit que cette communauté a de la ressemblance avec les principales communautés allemandes telles qu’elles étaient il y a cinquante ans : en effet, quoique Bayonne soit séparé de Saint-Esprit par un très grand pont (sur l’Adour), la fréquentation de la synagogue, surtout le sabbat, est très grande ; là personne ne transgresse, du moins ouvertement, les prescriptions du saint jour.
En arrivant à Saint-Esprit à quatre heures du matin, nous avons rencontré (c’était dans la semaine qui précède Ros-Haschana) les fidèles se rendant à cette heure si matinale à l’office de Selihoth ; et à la prière du soir (Mangrib) nous avons également rencontré un grand nombre d’assistants. Comme à Bordeaux, on ne fait pas l'office dans le grand temple les jours ordinaires, mais dans une succursale. Mais nous avons fait une remarque : autant dans le temple l’office se fait avec dignité, autant dans la succursale c’est une confusion digne de la plupart de nos synagogues du Nord. Bayonne et Saint-Esprit, qui appartiennent à deux départements différents, n’ont pourtant jamais formé qu’une seule communauté ; le plus grand nombre de ceux qui la composent demeurent à Saint-Esprit, où même ceux qui ont leur établissement commercial à Bayonne ont leur domicile.
Cette communauté est le premier établissement israélite en France, où pour la population israélite elle tient le quatrième rang. Les israélites de cette communauté occupent une très haute position sociale ; tels sont, par exemple, les Furtado, les Isaac Léon, les Josué Léon, les Nounez, les Patto, etc. Là on est fier d être israélite, et ce n’est pas là qu’un missionnaire s'aventurerait avec succès.
Comme nous l’avons dit de Bordeaux, le besoin de réforme s’y fait moins sentir, puisque la principale nécessité est celte de donner au culte l’éclat et la majesté qui, dans la plupart de nos temples, lui manquent ; et là nous rendons volontiers justice aux adversaires des réformes. Ils sont animés d’une grande sincérité religieuse, et il y en a qui se soumettent, en voyage, à de grandes privations par esprit de religion. Ce n’est cependant pas le plus grand nombre, et c’est là ce qui distingue l’israélite du rit portugais de celui du rit allemand.
Nous ne pouvons nous expliquer cette différence que par l’origine des deux communautés, Bordeaux et Bayonne. Venus d’un pays où ils avaient été obligés de vivre ostensiblement comme chrétiens, la pratique extérieure a bien pu souffrir de cet état de gêne, mais l’attachement à la croyance s’est maintenu d’autant plus vivace, qu’on avait souffert pour cette croyance tous les genres de martyre.
Nous avons vu avec étonnement qu’on vend encore les Mitswoth au temple de Bayonne, ce qui est d’autant plus remarquable, qu’on a devant les yeux ce qui se fait à Bordeaux. Cette persévérance n’a cependant, nous a-t-on dit, d’autre fondement que le besoin de compléter le traitement du rabbin et celui du hazan ; le jour où Bayonne aura un Consistoire, la vente des Mitswoth y sera supprimée.
Il y a deux écoles gratuites, l’une pour les garçons, dirigée par M. Moreau, et l’autre pour les filles, dirigée par mademoiselle Pereire. Nous avons trouvé ces deux établissements bien tenus, et les soins que leur donne M. Marx, le digne rabbin, dénotent le zèle dont il est animé. Il est à même de faire beaucoup de bien : il est instruit et possède à un haut degré l’affection de ses administrés.
Le cimetière remonte au XVIIe siècle ; il est remarquable par son étendue ; un gardien spécial est chargé de son entretien ; les pierres tubulaires, d’une égale dimension, sont couchées ; celles des rabbins ont une forme particulière. Les funérailles se font, comme à Bordeaux, avec la plus grande décence. M. le rabbin, ayant à ses côtés des membres de l’administration, marche à la tête du cortège ; tout se fait dans cette communauté avec la plus grande convenance.
CIMETIERE JUIF DE BAYONNE
Puisque ces détails ont paru vous intéresser, mon cher ami, je souhaite que ces observations impartiales, recueillies par un témoin oculaire, fassent sur tous les lecteurs des Archives la même impression que sur vous, et stimulent le zèle de nos administrateurs du Nord et de l'Est. Telle est ma seule ambition et, avec le désir de vous être agréable, le seul motif qui ait guidé ma plume.
Un touriste."
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 6 900 autres articles vous attendent dans mon blog :
... Au milieu des graves événements dont Bayonne et Marrac étaient devenus le théâtre, il se passa de nuit, dans les jardins du château, une espèce de drame à deux acteurs, dont la péripétie ne dépassa pas les limites de celte résidence. La connaissance du fait que nous allons raconter ne serait pas arrivée jusqu'à nous si Napoléon lui-même ne l'eût conté, à Saint Hélène, à un des ses compagnons d'exil, qui, à son retour à Paris, voulut bien nous en faire part.
Une nuit que l'empereur, agité par les mille résolutions qui se croisaient dans son esprit, ne pouvait dormir, il se lève et parcourt seul les sinueuses allées du parc réservé de Marrac. Un silence imposant régnait sous ses sombres ombrages ; seulement de loin en loin on entendait quelques cris rauques des pêcheurs de la Nive qui tendaient leurs filets au clair de lune et le son argentin des capucines de fusil, que les factionnaires, placés de distance en distance autour du jardin, faisaient résonner. L'empereur, absorbé dans ses réflexions, continuait machinalement sa promenade, lorsque tout à coup un moine sort d'un fourré de charmille et se pose à genoux devant lui en inclinant la tête.
Napoléon s'arrêta court. L'idée de Henri III assassiné à Saint-Cloud au milieu de ses courtisans, par Jacques Clément, lui vint à la mémoire ; il fit bonne contenance cependant, et dit au religieux d'une voix forte :
— Monsieur, qui êtes-vous ? que me voulez-vous ? et comment se fait-il que vous vous trouviez ici à pareille heure ?
— Sire, répondit le moine en bon français et sans changer de posture, je suis ici par la volonté de Dieu, et je viens sauver Votre Majesté.
A ces mots Napoléon tressaillit.
— Que signifie ce langage ? Expliquez-vous.
— Sire, vous allez faire la guerre à l'Espagne...
— Qui vous l'a dit ? interrompit Napoléon.
— Si du moins, reprit le moine en se relevant, vous ne lui déclarez pas la guerre, vous serez forcé, vous, de la subir en imposant à ce pays un roi et des institutions qui ne lui conviennent pas.
— Monsieur, vous en savez trop ou trop peu, dit Napoléon.
— Sire, je vais vous dire qui je suis, poursuivit le moine, et peut-être aurez-vous égard à mes paroles et à la démarche périlleuse que j'ai tentée aujourd'hui pour parvenir jusqu'à Votre Majesté. Avant d'être franciscain, j'ai été soldat. Je me suis engagé à seize ans, et j'ai servi dans les troupes du roi de Sardaigne. Dans la première campagne d'Italie j'ai été votre prisonnier à Lodi, après avoir été blessé à cette bataille, et je n'ai recouvré ma liberté qu'après votre glorieux traité de Tolentino. Mais, sire, tout ennemi des Français que j'étais, je n'ai pu m'empêcher d'aimer et d'admirer le jeune général en chef de l'armée d'Italie. Cette admiration, sire, cet amour ont grandi avec votre fortune, et sous le froc qui me couvre j'ai un cœur qui conserve encore pour Votre Majesté le même degré de respect et le même amour. C'est ce dévouement à votre auguste personne, sire, qui m'a fait braver aujourd'hui le ressentiment de mes compatriotes et les baïonnettes de vos gardes pour pénétrer jusqu'à vous. J'espère, sire, que maintenant vous ne doutez plus de moi.
— Est-ce que par hasard vous seriez ambitieux ? demanda brusquement Napoléon.
— Nullement, sire. Je ne suis qu'un pauvre franciscain.
— Ganganelli l'était comme vous, et il est devenu pape.
— Je ne voudrais pas même être supérieur de ma communauté, répliqua modestement l'adepte de saint François.
— Alors que voulez-vous ?
— Vous servir, sire, et vous sauver, sans antre espoir de récompense que d'occuper une petite place dans votre souvenir.
— Voyons, arrivez au fait ; on pourrait nous surprendre, et je ne voudrais pas qu'on me trouvât ici, d'après ce qui se passe, en conférence mystérieuse avec un moine.
— Il y a de bons moines, sire, comme il y a de bons rois.
— C'est possible, mais encore un coup expliquez-vous.
— Sire, vous n'ignorez pas que, dans notre ordre, le premier vœu est celui de pauvreté : nous mendions...
—Ah ! nous y voilà ! fit Napoléon en souriant ; oui, je sais cela, continua-t-il, et vous n'en faites pas mieux.
— Peut être, sire. Tous les hommes mendient plus ou moins : ceux-ci des richesses, ceux-là des dignités.
— Il y a quelque chose de vrai dans ce que, vous dites-là. Poursuivez.
— En faisant nos quêtes dans les provinces d'Espagne, sire, nous nous identifions en quelque sorte avec les populations ; nous connaissons bien mieux que les ministres de S. M. très catholique, notre auguste roi, les besoins, les espérances de ses peuples. C'est pour cela, sire, qu'en vous parlant, c'est la voix du peuple que vous entendez par la mienne, et, vous le savez, la voix du peuple, c'est la voix de Dieu !
— Excepté quand c'est un Chatterton ou un Marat qui se fait l'organe du peuple, objecta Napoléon.
— Peut-être, sire. Mais, De grâce, écoutez les voeux et les espérances du peuple espagnol. Si vos soldats entrent en Espagne pour imposer au pays un prince qui ne soit point espagnol et des lois qui lui soient étrangères, ces soldats n'en sortiront pas.
Et eu prononçant ces derniers mots, le franciscain s'était de nouveau jeté aux genoux de Napoléon qui, n'ayant pu maîtriser une certaine émotion, à ces singulières paroles, lui dit :
— Que faites-vous, monsieur ?
— Sire, répondit le moine toujours prosterné, je sais que les princes sont faciles à irriter. Je vous ai offensé peut-être en vous parlant comme je l'ai fait ; mais Dieu m'ordonnait d'agir ainsi et j'ai obéi. Maintenant que ma mission est accomplie, ordonnez de moi ce que vous voudrez ; je suis prêt à tout souffrir.
— Retirez-vous, répartit Napoléon, je ne décerne pas les palmes du martyre. Celui qui a relevé en France la croix et les autels, ne vient pas ici renverser les autels et briser la croix. Retournez dans votre couvent et dites à vos compatriotes que l'empereur Napoléon veut le bonheur et l'indépendance de l'Espagne, et qu'il ne portera jamais une main profane sur les institutions d'un peuple fidèle et allié de la France. Adieu, monsieur. A propos, reprit l'empereur dès que le moine se fut relevé, n'oubliez pas de répondre au qui vive de mes sentinelles : Lodi, c'est le mot d'ordre d'aujourd'hui, car c'est l'anniversaire de cette bataille.
Le franciscain se retira lentement et disparut bientôt sous les sombres allées du parc.
Quelques instants après être rentré au palais, l'empereur entendit un coup de fusil tiré dans la direction qu'avait prise le religieux. Il envoya s'informer de la cause de cette explosion. Le messager revint et lui annonça qu'un des factionnaires venait de tirer sur un individu qui n'avait pas répondu au qui vive trois fois répété par lui, et que malheureusement cet individu avait été tué sur le coup.
— Sire, ajouta le messager, c'était un moine espagnol.
— C'est mon homme ! dit Napoléon à voix basse ; le nom de Lodi devait décidément porter malheur à ce pauvre diable de moine.
Enfin la fameuse constitution dite de Bayonne avait été adoptée après onze séances. Le roi Joseph se rendit dans cette ville. En face du trône qui lui avait été élevé dans une des salles du palais du gouvernement, un évangile avait été placé sur un prie-dieu. Le nouveau roi jura le premier d'être fidèle à la constitution, et les députés jurèrent ensuite d'être fidèles au roi. En même temps, du fond de sa retraite de Valençay, Ferdinand lui adressait le témoignage de toute sa satisfaction pour le choix qui l'avait porté au trône d'Espagne. Joseph partit pour Madrid le 9 juillet avec tous les députés de la junte et les grands seigneurs espagnols qui, trois mois auparavant, avaient formé le cortège du prince des Asturies, proclamé roi d'Espagne, comme nous l'avons dit, sous le nom de Ferdinand VII.
Enfin, Napoléon et Joséphine quittèrent Marrac le 21 juillet, non sans laisser derrière eux une grande prospérité, due à leur séjour dans ce château, et aux événements politiques dont Bayonne avait été le théâtre. LL. MM. étaient de retour à Saint-Cloud dans les premiers jours d'août."
(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 7 100 autres articles vous attendent dans mon blog :
"... L'abdication forcée du vieux roi-Charles IV avait servi merveilleusement les projets de l'empereur, dont la politique tendait évidemment à éteindre la dynastie régnante en Espagne pour y substituer la sienne. Il aurait voulu peut-être que Ferdinand VII régnât sous la condition d'une sorte de vasselage ; mais il ne pouvait vouloir à aucun prix qu'il régnât par l'acclamation du peuple et de l'armée. Médiateur naturel entre le père et le fils, il ne tarda pas à exiger, du fils par le père, une abdication qui lui livrait l'Espagne.
Le prince des Asturies, Ferdinand VII, arriva à Bayonne le 20 avril ; des appartements lui avaient été préparés dans la maison Dubroc, sur la place d'armes, où il descendit avec son frère don Carlos. Vers les trois heures de l'après-midi, Napoléon se rendit à cheval auprès du prince espagnol, qu'il embrassa, aux acclamations du peuple. A six heures, les voitures impériales amenèrent à Marrac les deux princes et les grands seigneurs espagnols qui les avaient accompagnés dans leur voyage. L'empereur et l'impératrice leur firent le meilleur accueil, et après le dîner, la jeune cour, comme on l'appelait à Marrac, fut reconduite à Bayonne avec le même cérémonial. Aussitôt après, le général Savary, aide de camp de l'empereur, somma le prince des Asturies de remettre la couronne d'Espagne en échange du petit royaume d'Etrurie, que Napoléon lui offrait ; le prince repoussa avec dédain la proposition : il devait bientôt être forcé d'y accéder.
Le jour que ce prince était parti de Madrid, Murat avait exigé, lui aussi, la mise en liberté du prince de la Paix, que le peuple avait failli massacrer, et qui vint à son tour à Bayonne. Il précéda de deux jours l'arrivée de Charles IV et de la reine Marie-Louise, sa femme, qui occupèrent à l'hôtel du gouvernement les mêmes appartements que l'empereur avait lui-même habités avant d'aller à Marrac. Une longue file de voitures et de chenaux suivait le cortège et semblait annoncer une longue absence. On eût dit déjà d'une cour exilée emmenant à la hâte ses effets les plus précieux et ses plus fidèles serviteurs. Charles IV se rendit à Marrac, où il fut reçu par Napoléon entouré de tous les grands officiers de sa maison civile et militaire. Un mal de jambe rendait difficile et pénible la marche du vieux roi, qui dit à l'empereur en montant le grand escalier du château :
— Je vous en prie, sire, mon frère, soutenez-moi, j'en ai besoin.
ROI CHARLES IV D'ESPAGNE
Napoléon lui répondit en souriant :
— Eh bien ! appuyez-vous sur mon bras et ne craignez rien : je suis fort, moi !
Charles IV, vieillard de haute taille et de manières simples, portait sur ses traits ce caractère facile et débonnaire qui avait compromis l'Espagne et qui l'avait soumis lui-même, pendant tout son règne, à la volonté de la reine Marie-Louise, sa femme, et, par elle, au joug du favori Manuel Godoy. Charles IV avait accepté ces deux dominations, et, en arrivant à Bayonne, son unique pensée était d'obtenir de Napoléon une vie paisible avec sa femme et son favori, dont il ne pouvait pas plus que la reine se séparer.
Ferdinand VII fut bientôt circonvenu pour céder la couronne d'Espagne. La reine et Godoy mirent dans leurs obsessions une insistance sans égale. L'insurrection de Madrid du 2 mai donna à Napoléon encore plus d'impatience et le chanoine Escorquitz lui-même conseilla l'obéissance à son royal élève. Ce jour-là, en revenant de Bayonne où il avait été voir le vieux roi, l'empereur traversa avec agitation les appartements du château et se rendit dans les jardins. Après avoir fait quelques tours il appela toutes les personnes qu'il avait mises dans la confidence de ses projets, et, comme un homme plein d'un sentiment qui l'oppressait, il leur raconta dans ce style pittoresque, plein de verve et d'originalité qui lui était propre, tout ce dont il venait d'être témoin : sa narration avait en quelque sorte transporté ses auditeurs au milieu de la scène. Il peignit Charles IV reprochant à son fils l'outrage fait à ses cheveux blancs et la perte de la monarchie espagnole, que lui-même avait su conserver intacte au milieu des désordres de l'Europe.
— C'était le roi Priam, ajouta Napoléon.
Puis après un moment de silence, poursuivant son récit :
— La reine vint ajouter, dit-il, à cette scène, en éclatant en menaces et en invectives contre Ferdinand. Après lui avoir reproché, en termes amers, de les avoir détrônés, elle me demanda de le faire monter sur l'échafaud. Quelle femme ! quelle mère ! Elle m'intéressa malgré elle et malgré moi pour son fils qui, j'en suis certain, ne vaut pourtant guère mieux qu'elle.
Le 6 mai, Ferdinand rendit la couronne à son père qui en avait déjà disposé en faveur de Napoléon dans un traité secret signé la veille. Les infants don Antonio, don Carlos et don Francisco avaient adhéré pour leur part à la même renonciation.
Charles IV et son fils Ferdinand partirent successivement de Bayonne ; le premier pour le château de Compiègne, qui, comme nous l'avons dit précédemment, lui avait été assigné pour résidence avec une liste civile de trente millions de réaux (environ sept millions de notre monnaie), et le second pour Valençay avec une rente apanagère de douze cent mille francs. Napoléon proclama son frère Joseph roi d'Espagne et des Indes. Le peuple espagnol seul protesta généreusement contre cette usurpation par une prise d'armes générale ; mais pas un seul des corps officiels de l'Etat ne fit entendre une parole de résistance : le cardinal primat d'Espagne, quoique Bourbon lui-même, fut le premier à envoyer à Bayonne, où une junte extraordinaire avait été convoquée, l'adhésion la plus dévouée et la plus explicite.
ENTREVUE DE BAYONNE 1808 PAYS BASQUE D'ANTAN
Joseph Bonaparte, pour ainsi dire arraché à son paisible et attrayant royaume de Naples, arriva le 7 juin à Marrac, quelques heures après la promulgation de l'acte qui le dotait de la couronne d'Espagne. Napoléon était allé au devant de lui et l'avait fait monter dans sa voilure pour l'entretenir des intérêts puissants qui commandaient son acceptation, en lui disant entre autres choses :
— Je puis mourir. Murat qui a un parti dans l'armée, je le sais, Eugène qui, jeune encore, a conquis l'estime de la nation, se disputeraient ma succession avant que tu ne puisses arriver du fond de l'Italie pour la recueillir. Il ne faut pas que la couronne de France sorte jamais de notre famille. Ta place est en Espagne. Là, en cas de mal heur, tu me succéderas naturellement et sans obstacles. D'ailleurs, cet arrangement terminera, je l'espère, nos querelles de ménage. Je donnerai Naples à Murat s'il daigne l'accepter, avait repris Napoléon après un temps d'arrêt avec une inflexion de voix ironique.
JOSEPH BONAPARTE PAR WICAR 1808
La voiture qui portait les deux frères s'arrêta devant le péristyle du château. Joséphine, entourée de ses dames, reçut son beau-frère au bas du grand escalier. Les grands d'Espagne, rassemblés dans la galerie, se précipitèrent au-devant de Joseph en le nommant leur roi, aux acclamations de tous ceux qui assistaient à cette brusque intronisation.
Cependant ce n'avait pas été sans de grandes hésitations que Napoléon s'était déterminé à faire cet autre 18 brumaire de rois. Les lettres qu'il adressait au grand-duc de Berg (Murat), alors à Madrid, et qui sont des chefs-d'œuvre de politique, prouvent jusqu'à quel point il redoutait la possibilité d'une guerre nationale avec l'Espagne. L'orgueil de Murat, ou plutôt son impétuosité naturelle, le poussèrent à châtier trop sévèrement les rebelles de Madrid ; dès lors, toute espérance de paix fut perdue, et Napoléon lui-même s'écria, en apprenant l'affaire du 2 mai :
— Murat, sans s'en douter, vient de forger à l'Espagne cinquante mille fusils et cent pièces de canon dans les ateliers de Manchester.
L'empereur touchait juste et l'Angleterre ne tarda pas en effet à jeter en Espagne des armes, des munitions, des trésors et des soldats.
En apprenant de la bouche même de Napoléon les suites funestes pour ses anciens sujets de la journée du 2 mai, le vieux Charles IV dit en pressant les mains de Napoléon :
— Mon frère, je prévoyais ce malheur. Les hommes coupables qui, pour satisfaire leurs passions, ont agité le peuple, croyaient pouvoir le contenir : ils se sont engloutis dans l'abîme qu'ils avaient ouvert.
Charles, sur invitation de Napoléon, nomma sur le champ le grand-duc de Berg lieutenant général du royaume des Espagnes et des Indes, et l'on montre encore dans le château de Marrac, la table où cette espèce d'abdication fut signée par le petit-fils de Philippe V.
ENTREVUE DE BAYONNE 1808 PAYS BASQUE D'ANTAN
Les instants que Napoléon n'employait pas à diriger une politique inextricable, et qui l'emportait au-delà même de ses prévisions, étaient consacrés à passer les troupes en revue. Le 14e régiment d'infanterie de bataille, qui était alors en garnison à Bayonne, venait manœuvrer tous les deux jours régulièrement dans le parc du château. La légion portugaise que Napoléon envoyait en France, et qui traversa Bayonne vers la fin de mai, fut également passée en revue par lui, et l'enthousiasme qu'il excita parmi ces soldats alla jusqu'au délire. Moins d'un an après, ces mêmes soldats maudissaient le grand capitaine.
L'empereur reçut aussi à Marrac une députation des notables de la ville de Bordeaux, ayant à sa tête le maire et le conseil municipal. Cette députation venait remercier Napoléon des bienfaits qu'il avait répandus dans la cité. Elle lui adressa en outre des actions de grâce pour la résidence impériale dont il avait ordonné la construction dans la ville même de Bordeaux. L'empereur, quoique fortement préoccupé au moment où la députation lui fut présentée, répondit :
— Je reçois vos remerciements. Un jour je l'espère, quand la paix générale aura comblé mes vœux, j'irai chaque année visiter toutes mes bonnes villes. La vôtre, messieurs, qui est au premier rang dans mes affections, ne sera pas négligée, et j'irai à Bordeaux avec le désir d'augmenter son importance et ses richesses."
A suivre...
(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 7 400 autres articles vous attendent dans mon blog :
A partir de 1845, la construction d'un nouveau pont sur l'Adour est prévue à Bayonne.
PONT DE BAYONNE 1843 FONDS ANCELY
Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette nationale ou le Moniteur universel, le 10 juin 1845 :
"Addition à la séance du mardi 3 juin.
Rapport fait par M. Liadières sur le projet de loi relatif à la construction de divers ponts.
Messieurs, votre commission pense avec le Gouvernement que des allocations spéciales de crédits doivent être affectées aux ouvrages d’art de quelque importance, et que la dépense n’en saurait être prélevée sur le fonds commun des routes royales. Cependant quelques observations se sont élevées dans son sein sur l’inconvénient de comprendre dans un même projet de loi des travaux de même nature sans doute, mais qui n’ont aucune relation entre eux, dont l’urgence peut n’être pas la même, et dont par conséquent l’espèce de solidarité qui semble les unir peut gêner la liberté des votes. Ces observations, qui ne s’appliquent en rien au projet actuel, n’ont été, au reste, que de pure forme.
Votre commission, en les discutant, a trouvé d’ailleurs que le remède à un pareil mal était facile ; qu'il suffisait pour cela d’affecter dans la loi un crédit particulier à chacune des parties distinctes qui en composent l’ensemble. De cette manière, tel ouvrage, dont la nécessité ne serait pas bien prouvée ou dont les éludes ne paraîtraient pas complètes, pourrait être retranché d’un projet de loi sans dommage pour les travaux utiles. Mais pousser le scrupule de la spécialité jusqu’à demander un projet de loi spécial pour chaque pont, pour chaque port, pour chaque route, ce serait multiplier dans le sein des chambres les commissions déjà si nombreuses qui préparent leurs travaux, et priver souvent l’élaboration d’importantes lois du concours des membres les plus capables d’en éclairer les débats.
Les ponts à construire, et pour lesquels on vous demande une allocation de crédits par le projet actuel, sont au nombre de trois : l'un, sur l’Adour, entre Bayonne et Saint-Esprit, dans les deux départements des Basses-Pyrénées et des Landes ; l’autre, sur le Tech, auprès du Boulou, dans le département des Pyrénées-Orientales ; le troisième, sur la Rance, à Dinan, dans le département des Côtes-du-Nord. Dire que les deux premiers sont situés sur les deux routes royales 10 et 9 qui unissent la France et l’Espagne par les deux extrémités de la chaîne des Pyrénées, c’est révéler en peu de mots toute leur importance. Le troisième, bien qu’il ne se rattache à aucune relation internationale, n’en est pas moins hautement réclamé par des intérêts du premier ordre que nous aurons l’honneur de développer devant vous.
Apres avoir examiné avec soin les nombreux documents dont on l’a saisie, votre commission en a discuté le mérite dans l’ordre même du projet de loi. Nous allons vous soumettre le résultat de son examen et les déterminations qu’elle a prises.
PONT ST-ESPRIT BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
Pont de Bayonne.
C’est par le pont de Bayonne que la route royale n° 10 franchit l’Adour et se dirige vers Madrid. Il s’agit donc ici d’une nécessité internationale ; mais à ce grand intérêt de politique extérieure viennent se joindre les intérêts non moins graves de la navigation, du commerce, d’une population de 30 000 âmes agglomérée sur les deux rives de l’Adour, et surtout de la défense du territoire dans cette partie du royaume, car la citadelle de Bayonne est séparée du corps de place par toute la largeur du fleuve.
Aussi, messieurs, la construction d’un pont en pierres entre Bayonne et Saint-Esprit a-t-elle été de tout temps l'objet incessant des vœux des conseils généraux des Basses-Pyrénées et des Landes, du conseil d’arrondissement, du conseil municipal et de la chambre de commerce de Bayonne. De tout temps, en effet, on s’est alarmé avec raison des dangers que le passage de l’Adour n’a cessé d’offrir pour la sûreté publique. Jusqu’en 1829 on traversait le fleuve sur un pont en charpente auquel on substitua le pont de bateaux actuel. Or, personne n’ignore les pentes effrayantes qui résultent, pour le tablier d'un pont de bateaux, du mouvement ascendant et descendant des marées. Ce mouvement est tel à Bayonne, que les voitures sont obligées de gravir et de descendre des pentes de 0m 15 par mètre. Compter les accidents qui se succèdent sur ce pont et qui tiennent les populations de Bayonne et de Saint-Esprit dans un état perpétuel d’anxiété, serait presque impossible. L’interruption assez fréquente des communications n’est que le moindre inconvénient de l’état de choses que le projet de loi veut faire cesser.
Après ces graves considérations, messieurs, il en est une autre, secondaire sans doute, mais qui n’en mérite pas moins d’être exposée devant vous. Convient-il que, sur une de nos principales frontières, l’étranger, qui nous visite, traverse le premier fleuve du royaume sur un mauvais pont de bateaux dont chaque ouragan compromet l’existence ? Et notre amour-propre national n’est-il pas intéressé à donner, dès l’abord, à la curiosité quelque peu dédaigneuse de nos voisins, une plus juste idée de notre civilisation et du progrès de nos arts ?
Les voix diverses de tant d’intérêts furent entendues en 1830. Le Gouvernement fit procéder à des études sérieuses pour remplacer le pont de bateaux de Bayonne. Ici, messieurs, commence une lutte de système, qui a duré quatorze ans, entre la commission mixte des travaux publics, d’une part, et le conseil général des ponts et chaussées de l’autre. La commission mixte réclamait la construction d’un pont en maçonnerie, comme pouvant avoir seul la solidité désirable pour qu'en cas de siège surtout, l’importante communication de la citadelle avec la ville ne pût jamais être interrompue. Le conseil général des ponts et chaussées se prononçait énergiquement, au contraire, pour la construction d’un pont suspendu, sous le triple prétexte que nous avons sérieusement examiné, de l’économie d’une moins grande difficulté dans l’exécution des travaux, et de la certitude de ne point amener de perturbation dans les courants et dans le régime intérieur du port. Des conférences nombreuses entre les ingénieurs civils et militaires de la place, des modifications introduites dans le système du pont suspendu, et qui consistaient à remplacer les chaînes de suspension par des arcs en fonte, s’appuyant sur des culées et des piles en pierre, ne purent amener aucun résultat. C’est seulement en 1844 qu’ont vit finir des débats contre lesquels ne cessaient de protester les populations et les intérêts en souffrance. Le conseil général des ponts et chaussées adopta le système réclamé par la commission mixte, à condition que le ministre de la guerre permettrait d’exhausser de 60 centimètres au moins la chaussée de la route royale sous la porte du réduit de Bayonne, afin d’augmenter le débouché du pont et de faciliter l’établissement des cintres. L’autorisation ayant été donnée, les ingénieurs procédèrent sur-le-champ à la rédaction d’un projet de pont en maçonnerie pour l’établissement duquel le Gouvernement demande aux chambres un crédit de 2 200 000 fr.
PONT ST-ESPRIT BAYONNE 1935 PAYS BASQUE D'ANTAN
Ce pont, d’après le projet énoncé dans l’exposé des motifs, sera composé, sauf quelques légères modifications dans les détails, de sept arches en arc de cercle, et d’une travée mobile en fonte, sur la rive gauche, pour le passage des bâtiments. L’arche principale aura 30 mètres d’ouverture ; l’ouverture des arches latérales décroîtra successivement et systématiquement de 2 mètres, de manière à ce que les deux arches de rives n’auront plus chacune que 24 mètres de largeur. La largeur de la passe mobile est fixée à 11 mètres, et la largeur du pont à 9 mètres 20 centimètres, dont 6 mètres pour la chaussée et 1 mètre 60 centimètres pour chaque trottoir.
PONT ST-ESPRIT BAYONNE 1914 PAYS BASQUE D'ANTAN
Votre commission a dû se préoccuper, messieurs, des graves dissidences qui ont divisé si longtemps deux corps également animés du double sentiment de leurs devoirs et de l’intérêt public. Les documents déposés entre ses mains lui ont fourni la preuve qu’un rapprochement avait eu lieu entre la commission mixte et le conseil général des ponts et chaussées dans le sens le plus favorable à tous les intérêts. Nous allons exposer en peu de mots, devant la chambre, les raisons principales de ces débats, afin qu’elle puisse, en pleine connaissance de cause, en approuver comme nous la solution.
La commission mixte regardait, nous l’avons déjà dit, l’établissement d’un pont fixe comme la seule garantie d’une communication durable entre la citadelle et la ville.
Le conseil général des ponts et chaussées alléguait, pour motifs de sa préférence en faveur d’un pont suspendu, l’économie, la plus grande facilité de l’exécution et la crainte de troubler le régime intérieur du port de Bayonne par les atterrissements que les sept piles du pont en maçonnerie pourraient occasionner dans le lit du fleuve.
La considération d’économie est puissante sans doute ; mais elle doit se taire devant la considération plus puissante encore de la défense de nos frontières. La véritable économie ne consiste pas à dépenser peu, mais à dépenser bien. Or, dans le système d’un pont suspendu, il suffirait d’un boulet tiré des hauteurs qui ceignent la rive droite de l’Adour, près Bayonne, pour briser les chaînes du pont, ou d’un brûlot pour en incendier le tablier. La citadelle pourrait donc, d’un seul coup, se trouver séparée du corps de place. Est-ce au moment où dans nos forteresses, on cherche par divers moyens à dérober à la vue des assiégeants les quelques mètres de flèches et de chaînes des ponts-levis, qu’il convient d’exposer devant ses yeux et à sa porte, un développement de plus de 200 mètres de chaînes et de tablier ? La durée des ponts suspendus est encore problématique ; l’entretien en est fort dispendieux. Mieux vaut donc un système qui, convenablement mis en œuvre, a pour lui la sanction des siècles.
PONT ST-ESPRIT BAYONNE 1921 PAYS BASQUE D'ANTAN
Les difficultés d’exécution d’un pont en maçonnerie alléguées ensuite ne sont pas admissibles. Ce n’est pas un corps aussi éminent dans la pratique, que le corps des ponts et chaussées, qui devrait les invoquer. N’est-il pas accoutumé à surmonter de plus grands obstacles ? Il faut donc s’arrêter à la seule objection véritablement sérieuse, celle qui s’effraye de la perturbation que les piles d’un pont en maçonnerie pourraient amener dans les courants du fleuve et dans le régime intérieur du port.
Ici la réfutation la plus complète se trouve dans l’opinion unanime des ingénieurs et de la chambre de commerce de Bayonne, qui doit être avant tout soucieuse des intérêts de la navigation. Si un pareil danger pouvait exister, ne se serait-il pas manifesté avant 1829, lorsque trente piles en charpente encombraient le lit du fleuve et servaient de support aux travées du pont sur pilotis ? L’observation, au reste, vient en aide à l'expérience : si des atterrissements se sont formés autour des piles du pont de Bordeaux, ils ne sont pas à craindre autour des piles du pont de Bayonne. La Garonne, en effet, charrie du limon qui est continuellement ballotté, pendant les marées, par le double courant de flot et de jusant, et dont une partie finit par s’attacher aux piles qui lui font obstacle ; l’Adour, au contraire, ne charrie que des sables qui ne sont pas ramenés dans le port par le courant de flot comme à Bordeaux. Son lit est assez profond en aval et même en amont du pont projeté, pour que les sables n’en puissent jamais relever le fond. Si les vases prennent assez de consistance pour résister à l’action du courant, il n’en est pas de même des sables que la moindre crue suffit pour chasser des points où ils stationnent. D'ailleurs (et cette dernière raison nous parait décisive), il résulte du mémoire de trois inspecteurs généraux des ponts et chaussées que, même après sa construction, le débouché du pont sera de 1 323 mètres, c’est-à-dire à quelques mètres près aussi large qu’en aval, vis-à-vis l’arsenal de la marine, et plus large de 357 mètres qu’en amont, vis-à-vis le port d’Urt. Ces réponses aux objections principales soulevées par la construction d’un pont en maçonnerie à Bayonne, expliquent suffisamment le rapprochement qui en a été la suite, et l’approbation unanime que votre commission donne au principe du projet de loi.
PONT ST-ESPRIT BAYONNE 1917 PAYS BASQUE D'ANTAN
Nous ne parlons, messieurs, que du principe de la loi, parce que le crédit de 2 200 000 fr. qui vous est demandé paraît à votre commission susceptible d’une réduction notable. En effet, l’estimation des travaux, d’après les projets de l’habile ingénieur chargé du service de Bayonne, élève la dépense totale pour les maçonneries, pilots et charpente, métaux de toute espèce, remblais, pavage, peinture et calfatage, à la somme de 1 489 718 fr. 47 cent. La construction du pont tournant, la chape du pont, l’échouage des caissons, les chaînes de fer de service et les dépenses imprévues sont portées à un peu moins du tiers de la somme principale, c’est-à-dire à 410 281 fr. 53 c., en tout 1 900 000 fr. Quel besoin a donc pu décider MM. les inspecteurs généraux chargés d’examiner les devis de l'ingénieur, et par suite le Gouvernement, à demander aux chambres 300 000 fr. de plus ? On allègue bien la profondeur de l’eau, l’influence journalière des marées, les crues accidentelles de l’Adour, les avaries et conséquemment le surcroît de dépense qui peut en résulter ; mais en supposant, ce qui est possible, que certaines éventualités ne soient pas entrées dans les appréciations de l’ingénieur, la lecture même du rapport de MM. les inspecteurs généraux ne conduit-elle pas à des conclusions contraires à l’augmentation de crédit qu’ils demandent ? Ils proposent en effet de réduire la largeur du pont de 10 mètres à 9 mètres 20 centimètres, ce qui, d’après eux, diminuera la dépense d’environ 90 000 fr. Ils indiquent pour les bois des caissons et grillages le pin choisi des Landes, et pour les cintres le sapin du Nord au lieu de chêne, en faisant observer qu’il résultera de cette double substitution une économie de plus de 130 000 fr. Nous n’insisterons pas sur d’autres détails de moindre importance ; mais n’est-il pas évident alors que les augmentations de dépense qu’on redoute peuvent être couvertes par les économies que nous venons de signaler, et qu’il y a lieu pour la chambre de s’en tenir au chiffre de 1 900 000 fr. ? C’est ce que la commission a l’honneur de lui proposer.
PONT ST-ESPRIT BAYONNE 1918 PAYS BASQUE D'ANTAN
Que si le Gouvernement a voulu se dérober, par l’exagération prudente de la dépense, à la nécessité toujours pénible de demander aux chambres un supplément de crédits, votre commission, tout en déplorant l’usage trop fréquent des fonds supplémentaires, pense qu’il est encore plus économique de les accorder après l’épuisement des fonds primitifs qu’avant le commencement des travaux. Les retours au trésor des excédants de crédits sont assez rares. Un crédit surabondant peut entraîner, malgré soi, à des dépenses inutiles ; un crédit suffisant tient constamment la sollicitude en éveil. On n’a pas à se justifier d’avoir épuisé l’un ; il est indispensable d’expliquer aux chambres pourquoi on a dépassé l’autre. Mieux vaut donc recourir à une demande de crédits supplémentaires que de les comprendre, à l’avance et sans justifications suffisantes, dans la demande des premières allocations. Vous donnerez votre assentiment, messieurs, aux conclusions de votre commission et aux raisons qui les ont dictées."
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 7 300 autres articles vous attendent dans mon blog :
Afin qu'on ne pût élever de doute sur l'intention qu'il avait d'arranger les affaires survenues en Espagne à la suite des événements politiques d'Aranjuez, Napoléon, accompagné de Joséphine, partit de Saint-Cloud le 2 avril 1808 pour aller, lui, jusqu'à Burgos, au devant du prince des Asturies, c'est-à-dire de Ferdinand VII. L'impératrice devait s'arrêter à Bayonne.
Des voitures chargées de meubles de la couronne, des équipages et des employés de la maison impériale étaient déjà entrés en Espagne ; les relais étaient préparés et les logements indiqués sur la route. Cette démonstration de l'empereur vainquit la résistance de Ferdinand VII, qui quitta Madrid le 10 du même mois, accompagné de ses conseillers ordinaires, les ducs de l'Infantado et de San-Carlos, Cevalios et le chanoine Escorquitz, son ancien précepteur.
TOUR DE MARRAC BAYONNE 1900 PAYS BASQUE D'ANTAN
De Bordeaux à Bayonne des populations entières abandonnèrent leurs travaux pour voir au moins une fois l'homme dont le nom retentissait depuis dix ans jusqu'au fond des plus obscurs villages. Napoléon arriva à Bayonne le 14 avril, à neuf heures du soir. Une foule immense s'était précipitée dès le matin sur le chemin. La longue rue Maubec, à Saint-Esprit, la place, les deux ponts, les quais étaient jonchés de verdure et resplendissaient d'illuminations ; ses clochers, malgré l'interdiction du Jeudi-Saint, tintaient à toutes volées ; le canon tonnait sur les remparts, à la citadelle, et mêlait sa voix aux bruyantes acclamations de la foule.
Les gendarmes d'élite et les lanciers polonais escortaient les voitures impériales, autour desquelles se pressaient un nombreux état-major et des compagnies de garde d'honneur basques.
Napoléon descendit à l'hôtel du gouvernement que la ville avait fait décorer et meubler avec élégance ; mais il ne tarda pas à choisir le château de Marrac, bâti par la veuve de Charles II ; il l'acheta, ainsi que le domaine de Saint-Michel, d'un négociant de la ville, M. Trastour, moyennant 800 000 francs, et il y fixa sa résidence. Une position riante, des ombrages magnifiques et un vaste emplacement derrière le château, firent donc la fortune et la célébrité de Marrac. Une sorte de ville provisoire y fut créée : des barraques en bois servirent de logement aux bataillons et aux escadrons de la garde qui devaient faire le service du château. Une belle route, construite comme par enchantement, s'ouvrit jusqu'à Bayonne, et cette succursale de la capitale de l'empire, alors brillante et animée, se remplit d'officiers, de fonctionnaires, d'équipages et de curieux. Les travaux étaient suspendus, et la ville tout entière, joyeuse, en habits de fête, se portait chaque jour à Marrac.
RUINES MARRAC BAYONNE 1902 PAYS BASQUE D'ANTAN
Le château par lui-même ne pouvait être comparé à aucune des résidences impériales, à cause de son peu d'importance relative ; mais sa structure, sa physionomie, les formes un peu lourdes de son ensemble, lui donnaient un caractère de grandeur et de féodalité. Le parc était considérable, les jardins étaient dessinés avec goût, et, du haut de ses monticules chargés de citronniers et d'orangers venus en pleine terre, on voyait couler les flots bleus de la Nive, petite rivière qui charrie dans ses sinueux méandres les stalactites détachés de sa source pyrénéenne. Marrac était donc devenu pour l'homme d'état, pour le philosophe et pour l'historien, un lieu remarquable. C'est, en effet, dans cette résidence que se déroulèrent les premiers actes d'un des plus grands drames des temps modernes, la déchéance des Bourbons d'Espagne.
Le parc fut bientôt transformé en un champ de manoeuvres, et c'est là que Napoléon passait en revue les troupes qui entraient successivement en Espagne. On a prétendu que les corps qui s'y rendaient étaient mécontents : c'est une erreur. Berthier, Savary, Duroc, de Champagny, Murat, Talleyrand, et de Pradt, aumônier de l'empereur, quittaient peu le château. Tous furent plus ou moins initiés aux projets du maître sur le sort des princes espagnols, et tous ont attesté dans leurs écrits que jamais l'armée ne montra plus d'enthousiasme et de dévouement à son chef.
Dès le 10 avril, c'est-à-dire le lendemain de l'arrivée de Napoléon à Marrac, les habitants de Bayonne vinrent, danser la pamperruque (La pamperruque est une danse particulière au pays basque et qu'on n'exécute que dans les circonstances solennelles et devant des personnages illustres. Cette danse est exécutée par treize acteurs, sept hommes et six femmes, au son du tambour de basque et du galoubet. Les costumes des danseurs et des danseuses sont très brillants. La pamperruque est de la famille des danses espagnoles, et notamment du fandango et de la cachucha) devant les fenêtres du château. Les danseurs el les danseuses, costumés magnifiquement, étaient des jeunes gens et de jeunes femmes appartenant aux premières familles bourgeoises de Bayonne. L'empereur s'amusa beaucoup de cette danse, qu'il fit bisser, et donna un témoignage de satisfaction aux danseurs et aux danseuses, en leur faisant remettra par un chambellan sept épingles en diamants et six bracelets d'un travail exquis.
RUINES MARRAC BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
La députation portugaise envoyée de Lisbonne pour complimenter l'empereur, l'attendait à Bayonne. Elle lui avait été présentée à l'hôtel du gouvernement quelques heures après son arrivée. Napoléon ne donna pas le temps au comte de Lima, qui eu était le chef, de commencer sa harangue ; il prit lui-même la parole et lui dit d'un ton un peu brusque :
— Je ne sais pas encore ce que je compte faire de vous : cela dépend de ce qui se passera ici. Etes-vous d'ailleurs dans le cas de faire un peuple ? Vous êtes abandonnés par votre prince, qui s'est fait conduire au Brésil par les Anglais. Il a fait là une grande sottise, votre prince, il s'en repentira, je vous en réponds.
Puis se retournant vers M. de Pradt, il ajouta d'un ton presque gai :
— Il en est des princes comme des évêques : il faut qu'ils résident.
Puis, s'adressant de nouveau au comte de Lima, il lui demanda quelle était la population du Portugal ; et comme s'il répondait à sa propre question, il ajouta en hochant la tête :
— Deux millions, tout au plus.
— Sire, plus de trois, répondit le comte.
— Je ne l'aurais pas cru, répliqua l'empereur. Et à Lisbonne, combien d'habitants ? cent cinquante mille âmes ?...
— Plus du double, sire, reprit encore le comte.
— En vérité ! s'écria Napoléon, en faisant un geste d'étonnement ; enfin que vous faut-il à vous autres Portugais ? Voulez-vous être Espagnols ?
A ces mots, le comte de Lima relevant la tête avec fierté, raffermissant dans son attitude et portant la main sur la garde de son épée, répondit d'une voix forte :
— Non, sire, jamais !
— Bravo ! comte de Lima ! s'écria Napoléon, les anciens héros portugais n'eussent pas mieux dit.
Alors l'empereur adressa quelques paroles aux membres les plus influents de la députation, entre autres à l'évêque de Coimbre et à Pereyra de Mello, grand inquisiteur du royaume. La députation se retira et se hâta d'envoyer aux Portugais une adresse pleine de confiance dans les bonnes dispositions de l'empereur. Il est positif que le non si énergiquement prononcé par le comte de Lima avait plu beaucoup à Napoléon.
Bientôt les visites officielles se succédèrent à Marrac. Les autorités civiles et militaires, les fonctionnaires publics furent présentés à l'empereur, tandis que les dames faisaient leur cour de l'impératrice. Napoléon s'informa auprès de M. d'Etchegarey, maire de Bayonne, des besoins de la cité, et il n'a pas tenu à lui plus lard que les embellissements et les améliorations qu'il avait projetés ne fussent réalisés. On l'a accusé de froisser quelquefois les gens par ha brusquerie ; mais Napoléon n'avait pas l'habitude des lieux communs ; le développement d'une idée était du luxe dont il ne faisait usage que dans l'intimité. Dans la discussion publique, sa parole était toujours brève, mais son esprit supérieur jetait incessamment des éclats de lumière qui éclairaient tout à coup les questions les plus obscures."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 7 400 autres articles vous attendent dans mon blog :