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samedi 25 mai 2024

LES PROVINCES DU GUIPUSCOA ET DE BISCAYE AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1839

LE GUIPUSCOA ET LA BISCAYE EN 1839.


La Convention d'Ognate, signée à Ognate, en Guipuscoa, le 29 août 1839 entre le général libéral Baldomero Espartero et les représentants du général carliste Rafael Maroto, a mis fin dans le Nord de l'Espagne à la première guerre carliste, commencée en 1833.



pays basque autrefois fors biscaye guipuscoa
COSTUME BASQUE
ALBUM 2 FRONTIERES B. HENNEBUTTE 1852



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Siècle, le 15 septembre 1839 :



"La Biscaye et le Guipuzcoa



Les Byscayens ont dû se rassembler le 8 de ce mois sous l'arbre de Guernica pour délibérer sur le maintien ou la modification de leurs fueros. Cette coutume de se réunir sous un arbre à Guernica remonte à l'année 1250. Elle s'est établie, selon toute apparence, sous Diego Lopez, douzième seigneur de Biscaye, que ses vassaux contraignirent les armés à la main, de rétablir et d'observer leurs privilèges qu'il avait violés. Les rois d'Espagne, jusqu'à Ferdinand VII inclusivement, ont tous reconnu et respecté ces fueros. 




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ISABELLE LA CATHOLIQUE 
FORS DE BISCAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le code qui régit maintenant la Biscaye date de 1526. Il contient tous les fueros, les libertés, les privilèges et les coutumes du pays. Ce code fut approuvé et confirmé par l'empereur Charles-Quint. Voici quel est le gouvernement qui porte le nom de seigneurie de Biscaye. 



Le pays est représenté par une junte générale qui s'assemble chaque année sur la convocation du corrégidor. Tous les pueblos ont une voix dans cette junte. Le mode électoral est fort simple et fort démocratique : pour être admis à voter il suffit d'être de pur sang biscayen, d'être majeur et d'avoir un domicile connu. La députation ainsi nommée se rend au jour indiqué sous l'arbre de Guernica, où les députés siègent sur un banc de pierre dans un ordre réglé d'avance, et prêtent serment après la vérification de leurs pouvoirs. La junte, quand elle est constituée, tient ses séances dans la salle des archives réunie à l'ermitage de Mora. Il n'est pas besoin de dire que les séances sont publiques. La junte générale traite de toutes affaires de la seigneurie et nomme à tous les emplois du gouvernement, suivant un mode antique et bizarre. 



On divise les députés en deux bandes, qui prennent le nom d'Onezimo et Gambozno, en souvenir de deux anciennes factions qui ont partagé le pays. Chacune de ces bandes tire au sort trois électeurs qui proposent pour chaque office un certain nombre de personnes parmi lesquelles le sort désigne les titulaires des emplois. Comme il importe qu'aucune des deux bandes n'ait à se plaindre, les fonctionnaires sont doublés : il y a deux alcades, deux députés, deux secrétaires et six régidors, trois pour chaque bande. Ces douze magistrats composent, ainsi que nous l'avons dit plus haut, la seigneurie de Biscaye. Il faut y ajouter un corrégidor nommé par le roi. Ce corrégidor, qui a trois lieutenans, dont l'un siège à Guernica, avec le titre de lieutenant-général, doit être lettré et de pur sang Biscayen. Le pouvoir exécutif porte le nom de députation ; il est composé du corrégidor et de deux membres élus qui siègent à Bilbao. Les mêmes magistrats administrent et jugent au civil et au criminel. Ce qu'on appelle la division des pouvoirs est inconnu ou mal défini en Biscaye, et c'est sur ce point qu'il convient, ce nous semble, consister pour apporter dans les fueros des modifications qui permettent au pouvoir royal de faire sentir son action. 




pais vasco antes fueros vizcaya guipuzcoa
LES FUEROS DU PAYS BASQUE ET DE LA NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Parmi les privilèges dont jouissent les Biscayens, il en est quelques-uns qui n'ont plus de signification, tel, par exemple, que celui de jouir en Espagne des privilèges de la noblesse, et d'autres qu'ils abandonneront sans doute avec peu de regrets. Le droit de ne payer au roi que l'impôt payé à l'ancien seigneur, sauf les dons gratuits, sera facilement échangé contre un impôt modéré sur les terres et sur les maisons. Il en sera de même du privilège de ne fournir aucune recrue à l'armée. La Biscaye consentira (tout du moins le fait présumer) à tenir sur pied un certain nombre de bataillons dont la couronne nommera les officiers. Restera, il est vrai, à décider si en temps de paix les bataillons pourront être envoyés dans des garnisons espagnoles ; mais si l'on stipule qu'à cet effet le consentement de la junte sera nécessaire, il est probable que la junte ne le refusera pas. Quant à la défense d'introduire des troupes étrangères, c'est-à-dire espagnoles, en Biscaye, elle peut être levée comme elle l'est pour le Guipuzcoa, dont nous allons nous occuper. 



Le Guipuzcoa a, comme la Biscaye, la prétention de s'être donné volontairement et à des conditions stipulées d'avance à la couronne de Castille. Cette prétention qui eût pu être victorieusement combattue par des documens historiques, a été, au contraire, formellement reconnue en 1752 par Ferdinand IV, qui, dans une cédule royale, a déclaré que cette province s'était livrée de son plein gré, sous la garantie de ses antiques fueros. Le code qui régit aujourd'hui le Guipuzcoa a été approuvé par Charles II dans les dernières années du dix-septième siècle. Ce code, fort démocratique, l'est pourtant moins que celui de Biscaye. 



Il existe aussi en Guipuzcoa une junte générale ; elle est composée de 57 procuradores nommés, non point par tous les citoyens majeurs et domiciliés, mais par les principaux propriétaires et les municipalités. Cette junte générale s'assemble fixement le 2 juillet. Elle élit quatre députés généraux, qui doivent être choisis dans les quatre villes suivantes : Saint-Sébastien, Tolosa, Aspeitia et Ascoytia. Cette députation siège pendant trois ans dans chacune de ces villes, qui acquièrent par là tour à tour une prépondérance décisive. Le député de la ville où siège la députation est, à vrai dire le seul député ; c'est lui qui, assisté d'un adjoint et de deux alcades, expédie toutes les affaires courantes. Celles qui résultent de cas imprévus sont seules soumises à la députation extraordinaire, composée des quatre députés avec leurs adjoints, et qui se réunit en juillet et en décembre de chaque année. Il y a en outre des juntes locales qui correspondent à nos conseils d'arrondissement. La municipalité en Guipuzcoa, comme en Biscaye, a des pouvoirs fort étendus et fort complexes. L'alcade principal (le maire) est juge en première instance au civil et au correctionnel. Quelques-uns de ces alcades, qualifiés mayors, ont une juridiction plus étendue. Le corrégidor est le juge d'appel, le juge suprême de la province. Ce magistrat, nommé par le roi, réside tour à tour dans les quatre villes où siège la députation ordinaire. Il préside les juntes, mais il n'a ni droit de suffrage ni droit de veto. C'est le gouvernement constitutionnel dans sa barbarie native.  



pays basque autrefois fors biscaye guipuscoa
AZCOITIA
ALBUM DES 2 FRONTIERES B. HENNEBUTTE 1852





Les privilèges du Guipuzcoa sont les mêmes que ceux de la Biscaye ; point d'impôt au roi, point de droit d'entrée, point de milice, etc. Seulement la couronne a le droit de faire entrer des troupes dans la province pour former les garnisons de Saint-Sébastien et d'Irun. On sait combien ce droit a été favorable à la couronne pendant la dernière insurrection. Si don Carlos eût pu se saisir de Saint-Sébastien, il n'eût pas triomphé sans doute, mais il eût pu recevoir régulièrement les secours des puissances du Nord, et sa position eût été bien plus avantageuse. Nous pensons que le Guipuzcoa ne fera pas plus de difficulté que la Biscaye d'entretenir une force armée régulière et de payer un impôt modéré sur les terres et sur les maisons. La grande question est celle des douanes. 




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IRUN
ALBUM 2 FRONTIERES B. HENNEBUTTE 1852




Un journal propose de la résoudre par une association douanière entre l'Espagne et France. Nous souhaitons sincèrement la réalisation de cette idée ; mais un tel problème demande du temps, ne fût-ce que pour régler les moyens d'exécution. Nous pensons donc que le plus sage parti serait d'ajourner la question de douanes à un terme fixe de deux ou trois ans. D'ici là on aurait pu détruire bien des préjugés commerciaux en France, en Espagne, en Belgique. La question politique entre l'Espagne et les provinces n'admet au contraire aucun retard ; avant tout il faut qu'elle soit résolue."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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jeudi 30 décembre 2021

LE CHÂTEAU DE MARRAC À BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1845 (troisième et dernière partie)

 

LE CHÂTEAU DE MARRAC À BAYONNE.


Ce château a été construit, au début du 18ème siècle, par Anne de Neubourg, reine d'Espagne en exil.

Napoléon l'a acheté en mai 1808 aux frères Aaron et Abraham Marqfoy.





CHÂTEAU DE MARRAC BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Siècle, dans son édition du 7 octobre 1845, sous la 

plume d'Emile Marco de Saint-Hilaire :



"Souvenirs intimes du temps de l'Empire.


Histoire anecdotique et pittoresque des habitations Napoléoniennes hors de Paris. 



Le petit château de Marrac, près de Bayonne


... Au milieu des graves événements dont Bayonne et Marrac étaient devenus le théâtre, il se passa de nuit, dans les jardins du château, une espèce de drame à deux acteurs, dont la péripétie ne dépassa pas les limites de celte résidence. La connaissance du fait que nous allons raconter ne serait pas arrivée jusqu'à nous si Napoléon lui-même ne l'eût conté, à Saint Hélène, à un des ses compagnons d'exil, qui, à son retour à Paris, voulut bien nous en faire part. 



Une nuit que l'empereur, agité par les mille résolutions qui se croisaient dans son esprit, ne pouvait dormir, il se lève et parcourt seul les sinueuses allées du parc réservé de Marrac. Un silence imposant régnait sous ses sombres ombrages ; seulement de loin en loin on entendait quelques cris rauques des pêcheurs de la Nive qui tendaient leurs filets au clair de lune et le son argentin des capucines de fusil, que les factionnaires, placés de distance en distance autour du jardin, faisaient résonner. L'empereur, absorbé dans ses réflexions, continuait machinalement sa promenade, lorsque tout à coup un moine sort d'un fourré de charmille et se pose à genoux devant lui en inclinant la tête. 



Napoléon s'arrêta court. L'idée de Henri III assassiné à Saint-Cloud au milieu de ses courtisans, par Jacques Clément, lui vint à la mémoire ; il fit bonne contenance cependant, et dit au religieux d'une voix forte :  


— Monsieur, qui êtes-vous ? que me voulez-vous ? et comment se fait-il que vous vous trouviez ici à pareille heure ? 


— Sire, répondit le moine en bon français et sans changer de posture, je suis ici par la volonté de Dieu, et je viens sauver Votre Majesté. 



A ces mots Napoléon tressaillit. 


— Que signifie ce langage ? Expliquez-vous. 


— Sire, vous allez faire la guerre à l'Espagne... 


— Qui vous l'a dit ? interrompit Napoléon. 


— Si du moins, reprit le moine en se relevant, vous ne lui déclarez pas la guerre, vous serez forcé, vous, de la subir en imposant à ce pays un roi et des institutions qui ne lui conviennent pas. 


— Monsieur, vous en savez trop ou trop peu, dit Napoléon. 


— Sire, je vais vous dire qui je suis, poursuivit le moine, et peut-être aurez-vous égard à mes paroles et à la démarche périlleuse que j'ai tentée aujourd'hui pour parvenir jusqu'à Votre Majesté. Avant d'être franciscain, j'ai été soldat. Je me suis engagé à seize ans, et j'ai servi dans les troupes du roi de Sardaigne. Dans la première campagne d'Italie j'ai été votre prisonnier à Lodi, après avoir été blessé à cette bataille, et je n'ai recouvré ma liberté qu'après votre glorieux traité de Tolentino. Mais, sire, tout ennemi des Français que j'étais, je n'ai pu m'empêcher d'aimer et d'admirer le jeune général en chef de l'armée d'Italie. Cette admiration, sire, cet amour ont grandi avec votre fortune, et sous le froc qui me couvre j'ai un cœur qui conserve encore pour Votre Majesté le même degré de respect et le même amour. C'est ce dévouement à votre auguste personne, sire, qui m'a fait braver aujourd'hui le ressentiment de mes compatriotes et les baïonnettes de vos gardes pour pénétrer jusqu'à vous. J'espère, sire, que maintenant vous ne doutez plus de moi. 



— Est-ce que par hasard vous seriez ambitieux ? demanda brusquement Napoléon. 


— Nullement, sire. Je ne suis qu'un pauvre franciscain. 


— Ganganelli l'était comme vous, et il est devenu pape. 


— Je ne voudrais pas même être supérieur de ma communauté, répliqua modestement l'adepte de saint François


— Alors que voulez-vous ? 


— Vous servir, sire, et vous sauver, sans antre espoir de récompense que d'occuper une petite place dans votre souvenir. 


— Voyons, arrivez au fait ; on pourrait nous surprendre, et je ne voudrais pas qu'on me trouvât ici, d'après ce qui se passe, en conférence mystérieuse avec un moine. 


— Il y a de bons moines, sire, comme il y a de bons rois. 


— C'est possible, mais encore un coup expliquez-vous. 


— Sire, vous n'ignorez pas que, dans notre ordre, le premier vœu est celui de pauvreté : nous mendions... 


—Ah ! nous y voilà ! fit Napoléon en souriant ; oui, je sais cela, continua-t-il, et vous n'en faites pas mieux.


— Peut être, sire. Tous les hommes mendient plus ou moins : ceux-ci des richesses, ceux-là des dignités. 


— Il y a quelque chose de vrai dans ce que, vous dites-là. Poursuivez.  


— En faisant nos quêtes dans les provinces d'Espagne, sire, nous nous identifions en quelque sorte avec les populations ; nous connaissons bien mieux que les ministres de S. M. très catholique, notre auguste roi, les besoins, les espérances de ses peuples. C'est pour cela, sire, qu'en vous parlant, c'est la voix du peuple que vous entendez par la mienne, et, vous le savez, la voix du peuple, c'est la voix de Dieu ! 


— Excepté quand c'est un Chatterton ou un Marat qui se fait l'organe du peuple, objecta Napoléon. 


— Peut-être, sire. Mais, De grâce, écoutez les voeux et les espérances du peuple espagnol. Si vos soldats entrent en Espagne pour imposer au pays un prince qui ne soit point espagnol et des lois qui lui soient étrangères, ces soldats n'en sortiront pas. 



Et eu prononçant ces derniers mots, le franciscain s'était de nouveau jeté aux genoux de Napoléon qui, n'ayant pu maîtriser une certaine émotion, à ces singulières paroles, lui dit : 


— Que faites-vous, monsieur ? 


— Sire, répondit le moine toujours prosterné, je sais que les princes sont faciles à irriter. Je vous ai offensé peut-être en vous parlant comme je l'ai fait ;  mais Dieu m'ordonnait d'agir ainsi et j'ai obéi. Maintenant que ma mission est accomplie, ordonnez de moi ce que vous voudrez ; je suis prêt à tout souffrir.


— Retirez-vous, répartit Napoléon, je ne décerne pas les palmes du martyre. Celui qui a relevé en France la croix et les autels, ne vient pas ici renverser les autels et briser la croix. Retournez dans votre couvent et dites à vos compatriotes que l'empereur Napoléon veut le bonheur et l'indépendance de l'Espagne, et qu'il ne portera jamais une main profane sur les institutions d'un peuple fidèle et allié de la France. Adieu, monsieur. A propos, reprit l'empereur dès que le moine se fut relevé, n'oubliez pas de répondre au qui vive de mes sentinelles : Lodi, c'est le mot d'ordre d'aujourd'hui, car c'est l'anniversaire de cette bataille. 



Le franciscain se retira lentement et disparut bientôt sous les sombres allées du parc. 



Quelques instants après être rentré au palais, l'empereur entendit un coup de fusil tiré dans la direction qu'avait prise le religieux. Il envoya s'informer de la cause de cette explosion. Le messager revint et lui annonça qu'un des factionnaires venait de tirer sur un individu qui n'avait pas répondu au qui vive trois fois répété par lui, et que malheureusement cet individu avait été tué sur le coup. 


— Sire, ajouta le messager, c'était un moine espagnol. 


— C'est mon homme ! dit Napoléon à voix basse ; le nom de Lodi devait décidément porter malheur à ce pauvre diable de moine. 



Enfin la fameuse constitution dite de Bayonne avait été adoptée après onze séances. Le roi Joseph se rendit dans cette ville. En face du trône qui lui avait été élevé dans une des salles du palais du gouvernement, un évangile avait été placé sur un prie-dieu. Le nouveau roi jura le premier d'être fidèle à la constitution, et les députés jurèrent ensuite d'être fidèles au roi. En même temps, du fond de sa retraite de Valençay, Ferdinand lui adressait le témoignage de toute sa satisfaction pour le choix qui l'avait porté au trône d'Espagne. Joseph partit pour Madrid le 9 juillet avec tous les députés de la junte et les grands seigneurs espagnols qui, trois mois auparavant, avaient formé le cortège du prince des Asturies, proclamé roi d'Espagne, comme nous l'avons dit, sous le nom de Ferdinand VII. 



Enfin, Napoléon et Joséphine quittèrent Marrac le 21 juillet, non sans laisser derrière eux une grande prospérité, due à leur séjour dans ce château, et aux événements politiques dont Bayonne avait été le théâtre. LL. MM. étaient de retour à Saint-Cloud dans les premiers jours d'août."



(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



   




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mardi 30 novembre 2021

LE CHÂTEAU DE MARRAC À BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1845 (deuxième partie)

LE CHÂTEAU DE MARRAC À BAYONNE.


Ce château a été construit, au début du 18ème siècle, par Anne de Neubourg, reine d'Espagne en exil.

Napoléon l'a acheté en mai 1808 aux frères Aaron et Abraham Marqfoy.





pays basque autrefois château labourd
CHÂTEAU DE MARRAC BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Siècle, dans son édition du 7 octobre 1845 :



"Souvenirs intimes du temps de l'Empire.


Histoire anecdotique et pittoresque des habitations Napoléoniennes hors de Paris. 



Le petit château de Marrac, près de Bayonne

 


"... L'abdication forcée du vieux roi-Charles IV avait servi merveilleusement les projets de l'empereur, dont la politique tendait évidemment à éteindre la dynastie régnante en Espagne pour y substituer la sienne. Il aurait voulu peut-être que Ferdinand VII régnât sous la condition d'une sorte de vasselage ; mais il ne pouvait vouloir à aucun prix qu'il régnât par l'acclamation du peuple et de l'armée. Médiateur naturel entre le père et le fils, il ne tarda pas à exiger, du fils par le père, une abdication qui lui livrait l'Espagne. 



Le prince des Asturies, Ferdinand VII, arriva à Bayonne le 20 avril ; des appartements lui avaient été préparés dans la maison Dubroc, sur la place d'armes, où il descendit avec son frère don Carlos. Vers les trois heures de l'après-midi, Napoléon se rendit à cheval auprès du prince espagnol, qu'il embrassa, aux acclamations du peuple. A six heures, les voitures impériales amenèrent à Marrac les deux princes et les grands seigneurs espagnols qui les avaient accompagnés dans leur voyage. L'empereur et l'impératrice leur firent le meilleur accueil, et après le dîner, la jeune cour, comme on l'appelait à Marrac, fut reconduite à Bayonne avec le même cérémonial. Aussitôt après, le général Savary, aide de camp de l'empereur, somma le prince des Asturies de remettre la couronne d'Espagne en échange du petit royaume d'Etrurie, que Napoléon lui offrait ; le prince repoussa avec dédain la proposition : il devait bientôt être forcé d'y accéder. 



Le jour que ce prince était parti de Madrid, Murat avait exigé, lui aussi, la mise en liberté du prince de la Paix, que le peuple avait failli massacrer, et qui vint à son tour à Bayonne. Il précéda de deux jours l'arrivée de Charles IV et de la reine Marie-Louise, sa femme, qui occupèrent à l'hôtel du gouvernement les mêmes appartements que l'empereur avait lui-même habités avant d'aller à Marrac. Une longue file de voitures et de chenaux suivait le cortège et semblait annoncer une longue absence. On eût dit déjà d'une cour exilée emmenant à la hâte ses effets les plus précieux et ses plus fidèles serviteurs. Charles IV se rendit à Marrac, où il fut reçu par Napoléon entouré de tous les grands officiers de sa maison civile et militaire. Un mal de jambe rendait difficile et pénible la marche du vieux roi, qui dit à l'empereur en montant le grand escalier du château : 

— Je vous en prie, sire, mon frère, soutenez-moi, j'en ai besoin. 




roi espagne
ROI CHARLES IV D'ESPAGNE



Napoléon lui répondit en souriant : 

— Eh bien ! appuyez-vous sur mon bras et ne craignez rien : je suis fort, moi ! 



Charles IV, vieillard de haute taille et de manières simples, portait sur ses traits ce caractère facile et débonnaire qui avait compromis l'Espagne et qui l'avait soumis lui-même, pendant tout son règne, à la volonté de la reine Marie-Louise, sa femme, et, par elle, au joug du favori Manuel Godoy. Charles IV avait accepté ces deux dominations, et, en arrivant à Bayonne, son unique pensée était d'obtenir de Napoléon une vie paisible avec sa femme et son favori, dont il ne pouvait pas plus que la reine se séparer. 



Ferdinand VII fut bientôt circonvenu pour céder la couronne d'Espagne. La reine et Godoy mirent dans leurs obsessions une insistance sans égale. L'insurrection de Madrid du 2 mai donna à Napoléon encore plus d'impatience et le chanoine Escorquitz lui-même conseilla l'obéissance à son royal élève. Ce jour-là, en revenant de Bayonne où il avait été voir le vieux roi, l'empereur traversa avec agitation les appartements du château et se rendit dans les jardins. Après avoir fait quelques tours il appela toutes les personnes qu'il avait mises dans la confidence de ses projets, et, comme un homme plein d'un sentiment qui l'oppressait, il leur raconta dans ce style pittoresque, plein de verve et d'originalité qui lui était propre, tout ce dont il venait d'être témoin : sa narration avait en quelque sorte transporté ses auditeurs au milieu de la scène. Il peignit Charles IV reprochant à son fils l'outrage fait à ses cheveux blancs et la perte de la monarchie espagnole, que lui-même avait su conserver intacte au milieu des désordres de l'Europe. 


— C'était le roi Priam, ajouta Napoléon. 



Puis après un moment de silence, poursuivant son récit :


— La reine vint ajouter, dit-il, à cette scène, en éclatant en menaces et en invectives contre Ferdinand. Après lui avoir reproché, en termes amers, de les avoir détrônés, elle me demanda de le faire monter sur l'échafaud. Quelle femme ! quelle mère ! Elle m'intéressa malgré elle et malgré moi pour son fils qui, j'en suis certain, ne vaut pourtant guère mieux qu'elle. 



Le 6 mai, Ferdinand rendit la couronne à son père qui en avait déjà disposé en faveur de Napoléon dans un traité secret signé la veille. Les infants don Antonio, don Carlos et don Francisco avaient adhéré pour leur part à la même renonciation. 



Charles IV et son fils Ferdinand partirent successivement de Bayonne ; le premier pour le château de Compiègne, qui, comme nous l'avons dit précédemment, lui avait été assigné pour résidence avec une liste civile de trente millions de réaux (environ sept millions de notre monnaie), et le second pour Valençay avec une rente apanagère de douze cent mille francs. Napoléon proclama son frère Joseph roi d'Espagne et des Indes. Le peuple espagnol seul protesta généreusement contre cette usurpation par une prise d'armes générale ; mais pas un seul des corps officiels de l'Etat ne fit entendre une parole de résistance : le cardinal primat d'Espagne, quoique Bourbon lui-même, fut le premier à envoyer à Bayonne, où une junte extraordinaire avait été convoquée, l'adhésion la plus dévouée et la plus explicite. 



histoire france napoleon
ENTREVUE DE BAYONNE 1808
PAYS BASQUE D'ANTAN


Joseph Bonaparte, pour ainsi dire arraché à son paisible et attrayant royaume de Naples, arriva le 7 juin à Marrac, quelques heures après la promulgation de l'acte qui le dotait de la couronne d'Espagne. Napoléon était allé au devant de lui et l'avait fait monter dans sa voilure pour l'entretenir des intérêts puissants qui commandaient son acceptation, en lui disant entre autres choses : 


— Je puis mourir. Murat qui a un parti dans l'armée, je le sais, Eugène qui, jeune encore, a conquis l'estime de la nation, se disputeraient ma succession avant que tu ne puisses arriver du fond de l'Italie pour la recueillir. Il ne faut pas que la couronne de France sorte jamais de notre famille. Ta place est en Espagne. Là, en cas de mal heur, tu me succéderas naturellement et sans obstacles. D'ailleurs, cet arrangement terminera, je l'espère, nos querelles de ménage. Je donnerai Naples à Murat s'il daigne l'accepter, avait repris Napoléon après un temps d'arrêt avec une inflexion de voix ironique.



napoleon naples roi
JOSEPH BONAPARTE
PAR WICAR 1808



La voiture qui portait les deux frères s'arrêta devant le péristyle du château. Joséphine, entourée de ses dames, reçut son beau-frère au bas du grand escalier. Les grands d'Espagne, rassemblés dans la galerie, se précipitèrent au-devant de Joseph en le nommant leur roi, aux acclamations de tous ceux qui assistaient à cette brusque intronisation. 



Cependant ce n'avait pas été sans de grandes hésitations que Napoléon s'était déterminé à faire cet autre 18 brumaire de rois. Les lettres qu'il adressait au grand-duc de Berg (Murat), alors à Madrid, et qui sont des chefs-d'œuvre de politique, prouvent jusqu'à quel point il redoutait la possibilité d'une guerre nationale avec l'Espagne. L'orgueil de Murat, ou plutôt son impétuosité naturelle, le poussèrent à châtier trop sévèrement les rebelles de Madrid ; dès lors, toute espérance de paix fut perdue, et Napoléon lui-même s'écria, en apprenant l'affaire du 2 mai : 


— Murat, sans s'en douter, vient de forger à l'Espagne cinquante mille fusils et cent pièces de canon dans les ateliers de Manchester. 



L'empereur touchait juste et l'Angleterre ne tarda pas en effet à jeter en Espagne des armes, des munitions, des trésors et des soldats. 



En apprenant de la bouche même de Napoléon les suites funestes pour ses anciens sujets de la journée du 2 mai, le vieux Charles IV dit en pressant les mains de Napoléon : 


— Mon frère, je prévoyais ce malheur. Les hommes coupables qui, pour satisfaire leurs passions, ont agité le peuple, croyaient pouvoir le contenir : ils se sont engloutis dans l'abîme qu'ils avaient ouvert. 



Charles, sur invitation de Napoléon, nomma sur le champ le grand-duc de Berg lieutenant général du royaume des Espagnes et des Indes, et l'on montre encore dans le château de Marrac, la table où cette espèce d'abdication fut signée par le petit-fils de Philippe V. 


napoleon histoire france
ENTREVUE DE BAYONNE 1808
PAYS BASQUE D'ANTAN

Les instants que Napoléon n'employait pas à diriger une politique inextricable, et qui l'emportait au-delà même de ses prévisions, étaient consacrés à passer les troupes en revue. Le 14e régiment d'infanterie de bataille, qui était alors en garnison à Bayonne, venait manœuvrer tous les deux jours régulièrement dans le parc du château. La légion portugaise que Napoléon envoyait en France, et qui traversa Bayonne vers la fin de mai, fut également passée en revue par lui, et l'enthousiasme qu'il excita parmi ces soldats alla jusqu'au délire. Moins d'un an après, ces mêmes soldats maudissaient le grand capitaine. 



L'empereur reçut aussi à Marrac une députation des notables de la ville de Bordeaux, ayant à sa tête le maire et le conseil municipal. Cette députation venait remercier Napoléon des bienfaits qu'il avait répandus dans la cité. Elle lui adressa en outre des actions de grâce pour la résidence impériale dont il avait ordonné la construction dans la ville même de Bordeaux. L'empereur, quoique fortement préoccupé au moment où la députation lui fut présentée, répondit : 


— Je reçois vos remerciements. Un jour je l'espère, quand la paix générale aura comblé mes vœux, j'irai chaque année visiter toutes mes bonnes villes. La vôtre, messieurs, qui est au premier rang dans mes affections, ne sera pas négligée, et j'irai à Bordeaux avec le désir d'augmenter son importance et ses richesses."



A suivre...



(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



 




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dimanche 31 octobre 2021

LE CHÂTEAU DE MARRAC À BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1845 (première partie)

LE CHÂTEAU DE MARRAC À BAYONNE.


Ce château a été construit, au début du 18ème siècle, par Anne de Neubourg, reine d'Espagne en exil.

Napoléon l'a acheté en mai 1808 aux frères Aaron et Abraham Marqfoy.





pays basque autrefois château napoléon
CHÂTEAU DE MARRAC BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Siècle, dans son édition du 7 octobre 1845 :



"Souvenirs intimes du temps de l'Empire.


Histoire anecdotique et pittoresque des habitations Napoléoniennes hors de Paris. 



Le petit château de Marrac, près de Bayonne. 



Afin qu'on ne pût élever de doute sur l'intention qu'il avait d'arranger les affaires survenues en Espagne à la suite des événements politiques d'Aranjuez, Napoléon, accompagné de Joséphine, partit de Saint-Cloud le 2 avril 1808 pour aller, lui, jusqu'à Burgos, au devant du prince des Asturies, c'est-à-dire de Ferdinand VII. L'impératrice devait s'arrêter à Bayonne. 



Des voitures chargées de meubles de la couronne, des équipages et des employés de la maison impériale étaient déjà entrés en Espagne ; les relais étaient préparés et les logements indiqués sur la route. Cette démonstration de l'empereur vainquit la résistance de Ferdinand VII, qui quitta Madrid le 10 du même mois, accompagné de ses conseillers ordinaires, les ducs de l'Infantado et de San-Carlos, Cevalios et le chanoine Escorquitz, son ancien précepteur.


 

pays basque autrefois napoleon
TOUR DE MARRAC BAYONNE 1900
PAYS BASQUE D'ANTAN


De Bordeaux à Bayonne des populations entières abandonnèrent leurs travaux pour voir au moins une fois l'homme dont le nom retentissait depuis dix ans jusqu'au fond des plus obscurs villages. Napoléon arriva à Bayonne le 14 avril, à neuf heures du soir. Une foule immense s'était précipitée dès le matin sur le chemin. La longue rue Maubec, à Saint-Esprit, la place, les deux ponts, les quais étaient jonchés de verdure et resplendissaient d'illuminations ; ses clochers, malgré l'interdiction du Jeudi-Saint, tintaient à toutes volées ; le canon tonnait sur les remparts, à la citadelle, et mêlait sa voix aux bruyantes acclamations de la foule. 



Les gendarmes d'élite et les lanciers polonais escortaient les voitures impériales, autour desquelles se pressaient un nombreux état-major et des compagnies de garde d'honneur basques. 



Napoléon descendit à l'hôtel du gouvernement que la ville avait fait décorer et meubler avec élégance ; mais il ne tarda pas à choisir le château de Marrac, bâti par la veuve de Charles II ; il l'acheta, ainsi que le domaine de Saint-Michel, d'un négociant de la ville, M. Trastour, moyennant 800 000 francs, et il y fixa sa résidence. Une position riante, des ombrages magnifiques et un vaste emplacement derrière le château, firent donc la fortune et la célébrité de Marrac. Une sorte de ville provisoire y fut créée : des barraques en bois servirent de logement aux bataillons et aux escadrons de la garde qui devaient faire le service du château. Une belle route, construite comme par enchantement, s'ouvrit jusqu'à Bayonne, et cette succursale de la capitale de l'empire, alors brillante et animée, se remplit d'officiers, de fonctionnaires, d'équipages et de curieux. Les travaux étaient suspendus, et la ville tout entière, joyeuse, en habits de fête, se portait chaque jour à Marrac.



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RUINES MARRAC BAYONNE 1902
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le château par lui-même ne pouvait être comparé à aucune des résidences impériales, à cause de son peu d'importance relative ; mais sa structure, sa physionomie, les formes un peu lourdes de son ensemble, lui donnaient un caractère de grandeur et de féodalité. Le parc était considérable, les jardins étaient dessinés avec goût, et, du haut de ses monticules chargés de citronniers et d'orangers venus en pleine terre, on voyait couler les flots bleus de la Nive, petite rivière qui charrie dans ses sinueux méandres les stalactites détachés de sa source pyrénéenne. Marrac était donc devenu pour l'homme d'état, pour le philosophe et pour l'historien, un lieu remarquable. C'est, en effet, dans cette résidence que se déroulèrent les premiers actes d'un des plus grands drames des temps modernes, la déchéance des Bourbons d'Espagne.



Le parc fut bientôt transformé en un champ de manoeuvres, et c'est là que Napoléon passait en revue les troupes qui entraient successivement en Espagne. On a prétendu que les corps qui s'y rendaient étaient mécontents : c'est une erreur. Berthier, Savary, Duroc, de Champagny, Murat, Talleyrand, et de Pradt, aumônier de l'empereur, quittaient peu le château. Tous furent plus ou moins initiés aux projets du maître sur le sort des princes espagnols, et tous ont attesté dans leurs écrits que jamais l'armée ne montra plus d'enthousiasme et de dévouement à son chef. 



Dès le 10 avril, c'est-à-dire le lendemain de l'arrivée de Napoléon à Marrac, les habitants de Bayonne vinrent, danser la pamperruque (La pamperruque est une danse particulière au pays basque et qu'on n'exécute que dans les circonstances solennelles et devant des personnages illustres. Cette danse est exécutée par treize acteurs, sept hommes et six femmes, au son du tambour de basque et du galoubet. Les costumes des danseurs et des danseuses sont très brillants. La pamperruque est de la famille des danses espagnoles, et notamment du fandango et de la cachucha) devant les fenêtres du château. Les danseurs el les danseuses, costumés magnifiquement, étaient des jeunes gens et de jeunes femmes appartenant aux premières familles bourgeoises de Bayonne. L'empereur s'amusa beaucoup de cette danse, qu'il fit bisser, et donna un témoignage de satisfaction aux danseurs et aux danseuses, en leur faisant remettra par un chambellan sept épingles en diamants et six bracelets d'un travail exquis. 



napoleon pays basque
RUINES MARRAC BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


La députation portugaise envoyée de Lisbonne pour complimenter l'empereur, l'attendait à Bayonne. Elle lui avait été présentée à l'hôtel du gouvernement quelques heures après son arrivée. Napoléon ne donna pas le temps au comte de Lima, qui eu était le chef, de commencer sa harangue ; il prit lui-même la parole et lui dit d'un ton un peu brusque : 

— Je ne sais pas encore ce que je compte faire de vous : cela dépend de ce qui se passera ici. Etes-vous d'ailleurs dans le cas de faire un peuple ? Vous êtes abandonnés par votre prince, qui s'est fait conduire au Brésil par les Anglais. Il a fait là une grande sottise, votre prince, il s'en repentira, je vous en réponds. 



Puis se retournant vers M. de Pradt, il ajouta d'un ton presque gai :

— Il en est des princes comme des évêques : il faut qu'ils résident.



Puis, s'adressant de nouveau au comte de Lima, il lui demanda quelle était la population du Portugal ; et comme s'il répondait à sa propre question, il ajouta en hochant la tête :

— Deux millions, tout au plus. 

— Sire, plus de trois, répondit le comte. 

— Je ne l'aurais pas cru, répliqua l'empereur. Et à Lisbonne, combien d'habitants ? cent cinquante mille âmes ?... 

— Plus du double, sire, reprit encore le comte. 

— En vérité ! s'écria Napoléon, en faisant un geste d'étonnement ; enfin que vous faut-il à vous autres Portugais ? Voulez-vous être Espagnols ?



A ces mots, le comte de Lima relevant la tête avec fierté, raffermissant dans son attitude et portant la main sur la garde de son épée, répondit d'une voix forte : 

— Non, sire, jamais ! 

— Bravo ! comte de Lima ! s'écria Napoléon, les anciens héros portugais n'eussent pas mieux dit.



Alors l'empereur adressa quelques paroles aux membres les plus influents de la députation, entre autres à l'évêque de Coimbre et à Pereyra de Mello, grand inquisiteur du royaume. La députation se retira et se hâta d'envoyer aux Portugais une adresse pleine de confiance dans les bonnes dispositions de l'empereur. Il est positif que le non si énergiquement prononcé par le comte de Lima avait plu beaucoup à Napoléon.  



Bientôt les visites officielles se succédèrent à Marrac. Les autorités civiles et militaires, les fonctionnaires publics furent présentés à l'empereur, tandis que les dames faisaient leur cour de l'impératrice. Napoléon s'informa auprès de M. d'Etchegarey, maire de Bayonne, des besoins de la cité, et il n'a pas tenu à lui plus lard que les embellissements et les améliorations qu'il avait projetés ne fussent réalisés. On l'a accusé de froisser quelquefois les gens par ha brusquerie ; mais Napoléon n'avait pas l'habitude des lieux communs ; le développement d'une idée était du luxe dont il ne faisait usage que dans l'intimité. Dans la discussion publique, sa parole était toujours brève, mais son esprit supérieur jetait incessamment des éclats de lumière qui éclairaient tout à coup les questions les plus obscures."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mardi 2 mars 2021

LA FRONTIÈRE FRANCO-ESPAGNOLE AUX ALDUDES EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1841

LES ALDUDES EN 1841.


La commune des Aldudes compte, en 1841, 2 832 habitants et est administrée par le Maire Charles Schmarzow.




BLASON DES ALDUDES BASSE-NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Le Siècle, le 29 juin 1841 :



"...La question relative aux Aldudes est sans doute une des plus minimes qui puissent exister entre la France et l'Espagne, mais dans un moment d'irritation, elle peut servir de prétexte à une rupture, et il est important dès lors qu'elle soit bien connue pour éviter tout malentendu. 



Le principe adopté pour la délimitation de ce pays est que chaque versant de la chaîne des Pyrénées appartient au pays qui lui est contigu ; d'après ce principe, le versant nord appartiendrait en entier à la France et le versant sud à l'Espagne. Cependant ce principe a souffert de nombreuses exceptions; elles comprennent : 1° à l'avantage de la France, l'ex-Cerdagne française, dans le département des Pyrénées-Orientales, faisant partie du bassin de la Sègre ; dans le département des Basses-Pyrénées, une portion de la forêt d'Irati, faisant partie du bassin de l'Irati, affluent de l'Aragon ; 2° à l'avantage de l'Espagne, la vallée d'Âran, en Aragon, faisant partie du bassin de la Garonne ; le Val Carlos, en Navarre, faisant partie du bassin de la Nive ; quelques portions des Aldudes faisant partie du même bassin ; la vallée d'Urdach et de Zugarramurdi, en Navarre, faisant partie du bassin de la Nivelle, et la partie supérieure d'un petit ruisseau qui se jette dans la Nive, à Bidarray.  



Lorsque les détails de la délimitation furent réglés en 1783, la France avait un grand intérêt à ménager l'Espagne, qui avait été sa fidèle alliée, pendant la guerre de l'indépendance américaine, contre l'Angleterre, et les instructions données au général d'Ornano, chargé de cette délimitation pour la France, furent rédigées dans un sens très favorable à l'Espagne. Il en résulta que les intérêts français furent presque partout sacrifiés. Ce traité n'a jamais été ratifié, les circonstances étant venues modifier la situation respective des deux pays. Depuis lors, la question a été examinée des deux parts, et un projet de compensation a été proposé à la France par les commissaires, d'après lequel la France reprendrait la vallée d'Aran, le val Carlos, les Aldudes entières et la ligne de la Nivelle, et rendrait la Cerdagne française et la forêt d'Irati. Les territoires se compenseraient à peu près, et il y aurait à l'avantage de la France une population d'environ 2 000 âmes. Mais, en s'arrêtant à la ligne de la Nivelle, à l'ouest, la France fait une large concession ; car, si l'on jette un coup d'oeil sur la carte, on verra que la chaîne est loin de se terminer au bassin de cette rivière, mais qu'elle englobe celui de la Bidassoa et se termine au cap du Figuier, qu'on appelle en basque la montagne d'Aïrquibel, et qui était le promontoire d'Oiarso de Strabon. Une partie du bassin de cette rivière jusqu'à Véra appartient en entier à l'Espagne ; le reste, de Véra à la mer, forme frontière entre les deux pays. Mais cette ville très peuplée, et qui n'a jamais cessé d'appartenir à l'Espagne depuis 1512, que la Navarre a été réunie à la couronne de Castille, ne pourrait sans grands inconvénients changer de nationalité. Il n'en est pas de même des autres parties qui ne se composent que de villages peu importants. Dans tous les cas, le port du Passage, qui est derrière la montagne d'Aïrquibel, ne peut appartenir à ce système ; il fait partie du bassin d'une autre petite rivière qui ne peut être regardée comme appartenant au versant français, pas plus que toutes celles qui se jettent dans le golfe de Gascogne jusqu'à Santander. 



Mais il y aurait un très grand avantage à ce que le traité fût conclu sur les bases, ci-dessus qui sont, sauf ce qui concerne la Bidassoa, entièrement conformes au principe général de la délimitation par les deux versants.



Quant aux Aldudes, voici ce qui concerne ce petit pays, dont l'histoire est très intéressante à étudier sous les rapports politiques et sociaux. 



Lorsque la Navarre fut incorporée à la Castille, par la faute des rois Charles VIII, Louis XII et François Ier, qui ne soutinrent point la maison d'Albret, absorbés qu'ils étaient par leurs absurdes prétentions sur l'Italie la be mérindad de Navarre, qu'on appelait mérinda de Ultra-Puertos, ou d'au-delà des ports (on appelle ainsi les cols dans les Pyrénées), resta seule à la maison d'Albret et a depuis été réuni, sous Henri IV, à la couronne de France, qui en a fait son second titre de suzeraineté. Ce royaume de Navarre ne comprend que quatre cantons actuels, ceux de Saint-Jean-Pied-de Port, de Baigorry, de Saint-Palais et d'Iholdy. Les dernières vallées opposées des deux pays étaient, dans la Navarre française, la vallée de Baigorry, et dans la Navarre espagnole la vallée d'Erro, séparées toutes deux par les cols d'Ourliague et d'Ibagnotie, Les chefs-lieux de ces vallées étaient seuls habités, et les pasteurs qui en faisaient partie, remontant leurs vallées respectives, faisaient paître leurs troupeaux aux environs de la ligne de partage dans une roue d'environ 50 000 mètres à peine habitée et qui suffisait amplement au parcours des bestiaux. Mais les pasteurs français en s'étendant vers le sud y formèrent des établissements ; ce n'étaient d'abord qu'une chapelle entourée de cabanes, puis cette chapelle devenait une paroisse et une commune ; le premier établissement, au sud de la vallée de Baigorry, fut celui de Banca, où existe une forge importante ; le deuxième fut celui des Aldudes. Ce petit pays, au sud de la vallée de Baigorry, était d'abord indivis, comme son nom l'indique (Aldudes, en vieil espagnol le doute). Ce pays était alors entièrement boisé, et les pasteurs des deux pays venaient l'habiter l'été ; ils y construisirent alors des cabanes, et pour le service religieux une chapelle nommée Sainte Marie des Aldudes, que venait desservir tous les dimanches un vicaire de Baigorry. Ces cabanes devinrent successivement plus habitables et finirent par devenir des maisons véritables pour toute l'année. C'est ainsi qu'une population mixte, venue des vallées d'Erro et de Baigorry, a formé dans ce petit pays un établissement fixe qui se compose aujourd'hui de plus 2 700 âmes. Une portion de cette population était espagnole et reconnaissait la juridiction de l'alcade d'Erro, l'autre était française, c'était la plus nombreuse, et la coutume l'assujettit à la loi française, de plus elle dépendait de Baigorry pour la juridiction ecclésiastique. Cependant les habitants d'origine espagnole conservèrent leur nationalité et ils la conservent encore, car il y a aujourd'hui même dans la commune cinq à six familles espagnoles qui ne sont point soumises aux lois françaises et présentent l'anomalie unique d'une population étrangère jouissant de ses droits au milieu du sol français. 



Le traité dé 1785 reconnut cet état de choses ; mais au lieu de transporter la ligne frontière à la crête des montagnes, les commissaires tracèrent trois lignes droites purement arbitraires qui coupent les parties supérieures des ruisseaux extrêmes du versant français, laissant ainsi entre ces lignes et la crête des montagnes une zone qu'on appelle pays indivis ou pays quint, lequel est l'objet du litige actuel. Mais le traité de 1785, même en supposant qu'il fût admis, par la France et ratifié par les deux pays, ce qui n'est pas, a laissé libres et intactes les conventions coutumières entre les deux populations frontalières. Qui stipulera que les pasteurs des deux frontières pourront faire paître leurs troupeaux dans le pays contesté, mais de soleil à soleil seulement, et ne pourront construire que des habitations ou cabanes en branchages pour la saison des pâturages seulement ? 



Voilà les modestes privilèges que l'on conteste à nos pasteurs, privilèges dont les Espagnols eux-mêmes jouissent dans toute l'étendue de la frontière des Pyrénées, et qui n'est que le résultat de la nature même des choses, la ligue de séparation ne pouvant être tellement marquée qu'on puisse empêcher les bestiaux de la franchir. 



Le gouvernement espagnol s'est assez peu occupé en général des réclamations ou des prétentions de ses régnicoles de la vallée d'Erro, d'autant plus qu'ils appartiennent à un pays presque indépendant ; mais il les a laissé faire, et s'ils n'ont pas manqué de faire valoir ces prétentions lorsqu'ils ont cru l'occasion favorable, ils l'ont fait en 1852, en occupant de fait le pays indivis et en s'emparant des troupeaux de nos pasteurs ; ceux-ci les ont repris à main armée et les ont poursuivis jusque dans leurs villages. Cette fois ils ont été plus prudents et ils se sont bornés à une notification menaçante. Les alcades des vallées d'Erro et de Baztan ont signifié aux maires des Aldudes et de Baigorry que si les pasteurs français menaient paître leurs troupeaux le 25 mai sur le territoire indivis, on les confisquerait. 



La population mâle des Aldudes, au nombre de 1 809 hommes, s'est rendue sur le territoire avec ses troupeaux ; ils avaient des tambourins pour musique militaire, un chirurgien pour panser les blessés et un vicaire pour les assister. Deux compagnies de troupes françaises étaient réunies sur le territoire français pour en empêcher l'accès. Les autorités françaises avaient, dès le 15 mai, prévenu les autorités espagnoles de ce qui se passait, pour empêcher toute collision, et dès lors ces autorités avaient tout le temps nécessaire pour ramener à l'ordre les alcades qui se permettaient de signifier eux-mêmes des ultimatum à une population étrangère. Ces mêmes autorités ont mieux aimé en référer à leur gouvernement, lequel n'a pas donné signe de vie et n'en a pas moins pompeusement déclaré, dans les cortès, que si le territoire était menacé, il le ferait respecter. 



Le territoire espagnol n'a point été violé : les pasteurs français étaient dans leur droit en occupant le 25 mai, jusqu'au coucher du soleil, une zone où ils ont le droit de parcours, les autorités civiles et militaires françaises étant en observation sur le territoire français pour empêcher toute collision. Chacun était donc dans son droit. 



Cela n'empêchera pas les Espagnols, qui se rendent momentanément à la conviction de leur impuissance, de nous garder rancune et de réserver leurs prétendus droits pour une meilleure occasion, et c'est une raison de plus pour les deux gouvernements de terminer promptement à l'amiable une question qui peut devenir un prétexte de brouille, si on la laisse livrée aux prétentions de l'intérêt particulier. 



Ce qu'il y a de plus étonnant dans toute cette affaire, c'est que les habitants de la frontière de France sur ce point ont exercé pendant la dernière guerre une admirable hospitalité envers leurs voisins espagnols. Le territoire des Aldudes a été le refugium peccatorum des deux partis, qui y ont reçu successivement asile et protection selon leurs fortunes respectives, et le village de Valcarlos, qui est aujourd'hui le plus acharné contre nous, à été le plus secouru par ses voisins de Saint-Jean-Pied-de-Port et de Baigorry ; il doit même à leur intervention efficace et généreuse de n'avoir jamais été exposé aux horreurs de la guerre civile, et c'est ainsi que l'on récompense ses bienveillants défenseurs."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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