Libellés

Affichage des articles dont le libellé est PRISON. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est PRISON. Afficher tous les articles

vendredi 6 juin 2025

LA PRISON DE SAINT-PALAIS EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1933

LA PRISON DE SAINT-PALAIS EN 1933.


La Maison d'arrêt de Saint-Palais, en Basse-Navarre, a existé d'août 1790 à juin 1933.




pays basque autrefois prison basse-navarre
MAISON D'ARRÊT SAINT-PALAIS
BASSE-NAVARRE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin de la Société des Sciences, Arts & Lettres de Bayonne

le 1er juillet 1933, sous la plume de Jean Etchecoin :



"La prison de Saint-Palais.



Le chef-lieu judiciaire du 3ème arrondissement des Basses-Pyrénées — c'est Saint-Palais que je veux dire — vient de fermer définitivement sa prison, ou mieux, pour parler une langue plus administrative, sa maison d'arrêt.



Une prison qui se ferme ! Jadis, on eût auguré que l'âge d'or allait renaître (voyez Classiques) et, naguère, on en aurait induit qu'une école s'était ouverte : rappelez-vous l'axiome célèbre de Victor Hugo. Aujourd'hui, hélas ! il nous le faut interpréter autrement. Aucune école nouvelle ne s'est ouverte à Saint-Palais, et quant à l'âge d'or, il est si loin d'y renaître — pas plus à Saint-Palais, du reste, qu'ailleurs — que c'est, au contraire, l'âge de fer qui, à travers toutes ces suppressions, compressions et redistributions, nous arrive à pas lents, à pas lourds, à pas implacables, sous le signe paradoxal du franc-papier.



Donc, Saint-Palais a fermé sa prison ; mais quand l'avait-il ouverte ?



Ne datons, voulez-vous, mais pour cette fois seulement, que de 89. Saint-Palais ouvrit sa prison deux années tout juste avant l'an 1er de la Liberté. C'est en effet, le 24 Août 1790, qu'un décret de l'Assemblée Nationale lui avait attribué le Tribunal du district, et, par voie de conséquence, une maison d'arrêt. A vrai dire, cette attribution n'était que provisoire, et la ville de Saint-Jean-Pied-de-Port, rivale évincée de Saint-Palais, se flatta qu'en en appelant de l'Assemblée mal informée à l'Assemblée mieux informée, elle pourrait faire revenir le législateur sur un choix que, d'après elle, rien ne justifiait. Le morceau, très tentant, était de taille, et Saint-Palais lui semblait avoir les yeux plus gros que le ventre. C'est fort bien de se charger des services judiciaires d'un district, faut-il encore pouvoir les loger ? Si, pour un tribunal, la question de savoir où il tiendra ses séances peut, depuis Saint-Louis, ne plus se poser (à l'extrême rigueur, s'entend), il n'en va pas de même pour une maison d'arrêt, il y faut nécessairement une maison tout court. Là-dessus, Saint-Jean était bien tranquille, il ne redoutait aucune compétition. Il avait, en effet, sur sa Place, une certaine maison de Fourré qui "ne laisse rien à désirer pour un établissement public quel qu'il soit.  Sa situation agréable, sa distribution et son étendue présentent toutes les commodités. Ses caves souterraines, mais saines, seraient même susceptibles de fournir des prisons".



Au besoin, d'ailleurs, n'avait-il pas sa "prison des évêques" cette fameuse prison qui a fait couler plus d'encre, espérons-le, que de larmes, et dont on ne saura jamais, grâce à l'irréductible équivoque du génitif français, si elle hébergea des évêques ou, seulement, leurs pensionnaires forcés ?



pays basque autrefois prison basse-navarre
PRISON DES EVÊQUES SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT
BASSE-NAVARRE D'ANTAN



En regard, je l'avoue, Saint-Palais faisait piètre mine. Loin de leur donner l'embarras du choix, il ne put offrir aux commissaires délégués par le Directoire départemental, MM. Félix Lafargue, de Bedous et Charles Guirail, d'Oloron, que les locaux vétustes de l'ancienne sénéchaussée.



"A l'extrémité du colidor (sic), est-il noté dans leur rapport, se trouve la salle d'audience ; elle forme un quarré assez considérable ; au-dessous de cette salle sont des basses fosses destinées à la détention des prévenus (criminels)... On trouve enfin au-dessus du greffe, des prisons pour les prisonniers civils". Le nécessaire et le suffisant, quoi ? Les commissaires durent en juger ainsi, car, ayant visité ensuite Saint-Jean et le bel immeuble que cette ville leur proposait, ils ne conclurent point à ce que l'affectation primitive fut modifiée et Saint-Palais dépouillé au profit de Saint-Jean : en quoi ces Messieurs firent preuve d'une méritoire impartialité. Songez que, à leur arrivée, Saint-Jean avait tiré le canon ! Il est vrai, tel une plaisanterie médiocre, ce canon fit long feu...



Ces "basses fosses" visitées, le 19 Janvier 1791, par les citoyens Lafargue et Guirail, elles existent toujours, seulement elles ont changé, sinon de forme, du moins de destination ; ce ne sont plus aujourd'hui que des celliers. On en peut voir les fenêtres, ouvrant sur la Bidouze, au sous-sol de la caserne de Gendarmerie. De toute évidence, ces ouvertures sont récentes et en remplacent d'autres qui devaient être plus petites, moins nombreuses et munies de barreaux de fer. Il est loisible à notre imagination d'y coller des faces hâtives de prisonniers ; yeux levés vers l'azur matinal que paraphe en 8 la traditionnelle "hirondelle du captif", ou bouches avides aspirant dans l'air du soir la bonne odeur des champs dont la clef est perdue... Comme au pied d'une tour, dans le classique décor de la romance "troubadour", la rivière coulait au bas du mur abrupt. Or, rien de tel que l'eau qui court — entre des joncs murmurants et perchés, ou deux quais de granit, peu importe —, pour rythmer irrésistiblement "l'Invitation au voyage" — et à la fuite.



Un soir de Vendémiaire an XI (octobre 1802) quelques détenus tentèrent de la prendre. Alerté par le geôlier, l'adjoint au maire, M. Dabadie-Sorhaburu, alerta à son tour les gendarmes et se rendit en toute hâte à la prison. Il descendit "aux cachots donnant sur la rivière" et, dans celui du milieu, découvrit "trois quarts de poudre fine à brûler ; plus huit couteaux dont deux "sont en forme de lime ; deux briquets à feu ; enfin, deux pierres à fusils" ; bref, tout ce qu'il fallait pour s'ouvrir un passage par le fer et par le feu...



Cet incident — dont j'ignore comment il fut clos — ne fut pas étranger, sans doute, à la détermination que prit ultérieurement l'Administration d'édifier, sur un autre point de la ville, une nouvelle Maison d'Arrêt. A quelle époque celle-ci fut-elle commencée ? à quelle autre, finie ? Aucun document local n'en a gardé le souvenir, mais ce qui est sûr, c'est qu'elle existait, dans ses dimensions actuelles, en 1826, puisqu'elle figure au plan cadastral de Saint-Palais dressé précisément cette année-là. Existait-elle avant cette date ? C'est très probable. Qu'elle ait même été construite sous l'Empire plutôt que sous la Restauration, j'en verrais volontiers la preuve dans ce fait qu'aucune chapelle n'y avait été prévue.



A cela près, la nouvelle prison réalisait l'idéal du genre. Ni avenante, ce qui eût été immoral, ni rébarbative, ce qui aurait démoralisé, sa façade allongée et trapue, aux lignes sobres, avait la banale indifférence de l'édifice administratif. Neuf fenêtres grillées en décoraient la nudité un peu monotone ; une seule porte, étroite naturellement, n'engageait pas à entrer, mais décourageait de sortir ; enfin, un perron y montait, un beau perron semi-circulaire de dix marches, amplement justifié, du reste, le Vice, comme chacun sait, ayant ses degrés ainsi que la Vertu.



Il n'est pas de prison heureuse, mais en serait-il, que celle de Saint-Palais eût été du nombre, ne fût-ce que, comme les peuples heureux, pour n'avoir pas d'histoire. Car elle n'a pas d'histoire, la prison de Saint-Palais, ou si peu ! Ah ! ce n'est pas elle qui pourrait se targuer d'avoir été une prison d'évêques, même schismatiques ! On n'y mettait à l'ombre que des hommes obscurs, ou bien les interchangeables sujets de la Reine des Bohémiens ou encore cette souveraine elle-même, son royaume qui est pourtant de ce monde ne lui conférant pas, hélas ! le privilège de l'exterritorialité.



En revanche, elle a sa légende, cette prison sans histoire, une légende à la fois gracieuse et magnanime. Elle a abrité, non le dernier jour, mais la dernière nuit d'un condamné ; car, contrairement à une opinion assez répandue, le fameux Brichquet — c'est de lui, en effet, que je veux parler — n'y fut jamais détenu et, par conséquent, n'a pas eu à tenter de s'en évader. Arrêté et incarcéré à Pau, c'est à Pau qu'il fut jugé et condamné à mort et c'est à Saint-Palais, où il était arrivé de la veille, qu'il subit la peine capitale, le vendredi 5 février 1841, à midi, au milieu d'un peuple immense qui, venu pour le maudire, ne pouvait que pleurer.



Cet homme, jeune encore, qui avait donné la mort — et férocement — sut l'affronter, pour son compte, sans faiblesse. C'est un fait : la presse de l'époque est unanime à le reconnaître. Mais la légende, toujours avide de merveilleux, ajoute à cette rare impavidité, trop muette à son gré probablement, un sang-froid, une présence d'esprit, une promptitude de répartie comme on n'en trouve de semblables que dans la si curieuse Histoire des grands hommes qui sont morts en plaisantant.



A l'aumônier, éperdu et balbutiant, qui ne sait que lui répéter : "Ce n'est rien !", Brichquet rétorque doucement : "Si ce n'est rien, qu'est-ce donc qui sera quelque chose ?" ; jaloux de montrer que son âme est toujours maîtresse du corps qu'elle anime encore, il franchit d'un seul bond le perron de dix marches ; enfin, il sollicite l'ultime faveur — et l'obtient — de donner un baiser à la fille du geôlier qui était belle, dit, cette fois, l'histoire, et non plus la légende, comme la Vierge des dernières amours !



Inoccupée et fermée depuis quelques années déjà, la paille humide des cachots jetée au vent et ses deux cours envahies d'herbes folles, l'ex-prison de Saint-Palais n'avait plus rien qui rappelait son ancienne destination, hormis un jeu de chaînes, si, toutefois, ces deux mots ne jurent pas d'être accouplés. Ces chaînes, à la vérité, semblent assez débonnaires ; elles n'ont ni les formes inquiétantes ni la rouille suspecte de celles que le fanatisme scella, jadis, aux murs des in-pace ; aussi n'émeuvent-elles que médiocrement. Néanmoins, telles quelles, ce sont des témoins d'un passé qui fut coupable, certes, mais que le temps a absous. "Le Temps, vieillard divin, honore et blanchit tout..."



Le Maire de Saint-Palais, jugeant avec raison que ces chaînes devaient être conservées, a eu l'heureuse idée de les offrir au Musée Basque, et le Musée Basque qui ne veut demeurer étranger à rien de ce qui est — ou fut — basque, les a très volontiers acceptées. En conséquence, ces chaines, chargeant — pour la première fois, sans doute — des mains innocentes, ont été enlevées, l'autre jour, mais si discrètement que nulle oreille amie des cadences lamartiniennes n'a entendu "le bruit joyeux d'une chaîne qui tombe, Au seuil libre d'une prison."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 200 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

mardi 9 janvier 2024

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN MAI 1938 (quatrième et dernière partie)

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN MAI 1938.


Pendant la Guerre Civile d'Espagne, le 22 mai 1938, 795 prisonniers s'évadent de la prison d'Ezkaba, en Navarre.




pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
PRISON D'EZKABA EN NAVARRE

Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Dépêche, dans plusieurs éditions :


  • le 2 juin 1938, sous la plume de Michel Lacouture :

"Deux évadés du fort de San Cristobal ont réussi à passer en France.

De notre correspondant particulier.

Bayonne, 1er juin. 


— Mercredi matin deux des évadés du fort de San Cristobal ont réussi à passer la frontière française aux abords du col d'Ibañeta et sont arrivés à Saint-Jean-Pied-de Port. Ce sont deux prisonniers politiques. L'un, Roger Marinero, 22 ans, de Ségovie ; l'autre, Valentino Lorenzo était secrétaire de l'Union générale des travailleurs à Salamanque.



Ils sont tous deux dans un état d'épuisement complet car depuis leur évasion ils erraient dans la montagne, subsistant à l'aide de quelques pois chiches qu'ils avaient emportés et buvant de l'eau. Leur délabrement physique ne leur a permis de donner que peu de détails.



Voici cependant ce qu'ils ont déclaré :


"Nous étions environ 2 500 prisonniers à San Cristobal. Il y avait une majorité de prisonniers politiques auxquels avait été joint récemment un assez grand nombre de phalangistes. Nous nous sommes presque tous enfuis mais, contrairement à ce que l'on a dit, presque sans armes, sans ordre, sans organisation. Nous nous sommes dispersés dans la montagne.


Quant à nous, plusieurs fois nous avons rencontré de petits groupes de nos camarades de prison. Ils vivent dans les grottes comme ils peuvent, recevant parfois des secours de paysans amis.


Nous n'avons pu décider aucun d'entre eux à se joindre à nous pour passer la frontière, car ils craignent les balles du service de surveillance auxquelles ils se sont plusieurs fois heurtés en s'approchant de la frontière française Nous avons pu passer pendant la nuit sans attirer l'attention.


Avec nous, se trouvaient pendant un certain temps à San Cristobal, deux journalistes français dont nous ne connaissons pas les noms. Nous ignorons ce qu'ils sont devenus, s'ils sont restés à San Cristobal ou s'ils se sont enfuis."



Après ces déclarations les deux fugitifs qui sont dans un grand état de faiblesse se sont endormis profondément."



pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
PRISONNIERS A ESKABA EN NAVARRE



  • le 3 juin 1938, sous la plume de Michel Lacouture.

"La Guerre d'Espagne.

Chez Franco.

La révolte des Phalangistes.

Le miracle de San Cristobal.

De notre correspondant particulier : 



Bayonne, 2 juin. — Nous avons dû nous contenter hier des déclarations succinctes faites par les deux évadés de San Cristobal, car il eût été barbare d'insister en raison de l'état de faiblesse des fugitifs.



Lorenzo et Marinero, après avoir absorbé quelques aliments s'endormirent profondément. A leur réveil, sachant que leur calvaire était achevé, ils ne firent aucune difficulté pour compléter le récit de leur évasion qui confirme, avec des détails nouveaux, des renseignements donnés hier dans la remarquable correspondance de Howers-Mainz publiée par La Dépêche.



Alerte aux prisonniers.



Lorenzo et Marinero, condamnés politiques, purgeaient respectivement à la prison de Pampelune, le premier une peine de douze ans et un jour de prison le second trente ans de prison, pour avoir, étant civil, lutté contre le franquisme.



Les jours succédaient aux jours avec une monotonie désespérante, mais les deux hommes n'avaient pas perdu tout espoir et restaient attentifs aux moindres bruits et mouvements.



Le 22 mai, vers 19 h. 30, alors qu'ils prenaient leur frugal repas qui leur était servi avec parcimonie au deuxième étage de la prison où ils étaient enfermés, Lorenzo et Marinero furent surpris d'entendre des bruits anormaux et des mouvements inusités du côté du corps de garde. Avant même qu'ils eussent pu se rendre compte de quoi que ce soit, des coups de feu éclatèrent et un phalangiste, revêtu de l'uniforme de gardien, leur annonça qu'ils étalent libres.



Après un court moment d'hésitation, tant leur surprise était grande, Lorenzo et Marinero ayant constaté que les prisonniers du rez-de-chaussée et du premier étage quittaient le fort, s'élancèrent à la suite de leurs camarades.



Leur fuite ne fut nullement gênée. Dans l'escalier gisait une sentinelle morte. Ce fut la seule victime qu'ils virent. Le corps de garde était désert et aucun gardien n'apparaissait plus.



Arrivés au dehors, Lorenzo et Marinero apprirent qu'un certain nombre de leurs camarades, par petits groupes de six, se dirigeaient vers la France où ils seraient enfin en sûreté.



Le nombre des évadés était important. La majeure partie des détenus paraissait avoir quitté San Cristobal où se trouvaient surtout des phalangistes ou des civils arrêtés comme hostiles à Franco, en tout 2 600 prisonniers politiques, sauf 150 ou 200 détenus de droit commun. Les phalangistes avaient organisé le complot.



pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
PRISONNIERS AU FORT SAN CRISTOBAL 
EZKABA NAVARRE


Nos deux hommes ne furent d'ailleurs pas les derniers à s'enfuir. Les portes étaient ouvertes à tout le monde et des unijambistes mutilés de guerre furent transportés à dos d'homme.



La chasse à l'homme commence.



Contrairement aux premières informations, les évadés ne possédaient que peu d'armes, à peine une centaine de fusils en majeure partie trouvés au corps de garde.



L'alerte ayant été donnée, les troupes se mirent immédiatement à la recherche des évadés, aidées dans leur chasse par des projecteurs électriques. Les fugitifs gagnèrent en se dispersant la haute montagne afin d'échapper aux balles des mitrailleuses et des fusils qui étaient entrés en action.



Après trois jours et trois nuits de course éperdue, la dislocation devint générale. Chacun s'en fût comme il put, jouant sa chance individuelle, et les mutilés, qu'il était impossible de transporter plus longtemps furent abandonnés à leur sort, qui, hélas, n'était pas douteux. D'autres, épuisés, sans volonté, préférèrent se rendre et c'est sans doute ce groupe de 400 prisonniers, dont on a parlé, qui fut impitoyablement fusillé.



pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
ITINERAIRE DES FUGITIFS DE LA PRISON D EZKABA EN NAVARRE


Sauve qui peut !



A partir du 25 mai, Lorenzo et Marinero, qui ont lié leur sort, marchent seuls vers la France, représentant pour eux leur autre sœur, se nourrissant de racines et d'eau claire. Un berger qu'ils rencontrèrent leur donna quelques aliments et leur indiqua le sentier qu'ils devaient suivre. Cette rencontre les réconforta et ils reprirent leur marche pénible.



Mais le découragement s'empara à nouveau de ces deux hommes et, au moment où ils étaient décidés à se rendre, ils aperçurent un groupe de maisons. Bien accueillis, Lorenzo et Marinero apprirent avec joie qu'ils n'étaient plus qu'à quelques centaines de mètres de la France. Leur bonheur fut grand et après avoir absorbé le repas que les paysans avaient prépaies à leur intention, ils quittèrent sans encombre leur inhospitalière patrie, échappant ainsi à une mort certaine.





Les bagnes espagnols.



Le fort de San Cristobal, transformé en prison, a été disposé pour recevoir diverses catégories de prisonniers. Le rez-de-chaussée, le premier et le deuxième étages sont destinés à la foule anonyme des victimes ; le troisième étage est aménagé pour recevoir les intellectuels et les officiers. Cette catégorie de prisonniers est l'objet de plus d'attention.



Plusieurs Français, dont deux journalistes, MM. Chabrat et Bouguennet, croit-on, étaient, d'après Lorenzo et Marinero, détenus à cet étage.



Dans la prison, la rumeur circulait que les Français étaient plus particulièrement maltraités et même frappés. C'était d'ailleurs le sort de tous les prisonniers, dont la nourriture est déplorable.



Lorenzo et Marinero, affectés à un groupe de travailleurs occupés à l'entretien des routes étaient, en raison de cet emploi mieux traités mais cela ne les empêcha pas d'accepter avec joie, même avec tous les risques que comportait l'aventure, de partir à la conquête d'une liberté qu'ils n'escomptaient jamais plus avoir."



pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
LIVRE LOS FUGADOS DEL FUERTE DE EZKABA


Pour rappel, ce jour là, 795 prisonniers s'évadèrent mais seulement 3 évadés accédèrent à la 

liberté en passant la frontière et en se réfugiant en France. 



Les trois qui parvinrent en France étaient :

  • Jovino Fernandez Gonzalez

  • Valentin Lorenzo Bajo (mort à Bordeaux en juillet 1986, à 86 ans)

  • José Marinero Sanz (mort en 1963, à 47 ans) 




Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 5 300 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

jeudi 9 novembre 2023

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN MAI 1938 (deuxième partie)

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN MAI 1938.


Pendant la Guerre Civile d'Espagne, le 22 mai 1938, 795 prisonniers s'évadent de la prison d'Ezkaba, en Navarre.


pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
PRISON D'EZKABA EN NAVARRE

Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Ce Soir, dans plusieurs éditions, sous la plume de 

Stéphane Manier :



  • le 28 mai 1938.

"Les révoltés de San Cristobal.

De notre envoyé spécial Stéphane Manier.

Hendaye, 27 mai (par téléphone). 



Les révoltés de San Cristobal seraient dans le col de Velate, versant espagnol des Pyrénées, au-delà de Sare (France).


Cernés par les troupes franquistes, mais organisés en formation de combat avec arrière-garde, ils livreraient bataille à ceux qui les traquent.


Leur nombre serait de 1 000 à 1 200, tous phalangistes. Ils ne se considéreraient pas comme des évadés, mais comme des combattante ayant participé à un coup de force encore inachevé.



La prison de San Cristobal est une énorme forteresse ceinte de murs épais qu'il n'est pas facile de franchir sans complicités extérieures.



Dimanche, 200 civils sont venus libérer les phalangistes prisonniers et leur apporter des armes, selon un plan concerté, de coup de force ou de coup d'Etat, organisé par la Phalange contre le "traître" Franco. C'est en effet par le mot traître que les phalangistes qualifient maintenant le chef de la rébellion. Le commandant du fort aurait été l'un des artisans de ce complot.



L'objectif assigné aux prisonniers de San Cristobal était la prise de Pampelune ; San Sébastian, Bilbao et Santander devaient également par surprise tomber entre les mains de la Phalange.



Un jeune Espagnol, vêtu avec distinction, l'air fiévreux, très exalté, avait demandé mon adresse et est venu me trouver hier. Je l'ai, paraît-il, profondément blessé et j'ai avec lui atteint l'honneur de la phalange en parlant de "fugitifs".



Cet étrange interlocuteur s'est écrié :


"Nous ne sommes pas des fugitifs. Jamais. Les phalangistes de San Cristobal sont des héros de la vraie Espagne. Ils portent des noms illustres : ce sont les fils des plus grandes familles de notre pays. Il y à avec eux les meilleurs officiers, un colonel au nom célèbre.


Je ne peux pas tout vous dire, mais dimanche, un homme nous a trahis. Les troupes du "traître Franco" sont arrivées quand les phalangistes sortaient du fort. Mais les révoltés se sont emparés à temps des camions qui se trouvaient là. Ceux qui n'ont pas pu prendre place dans ces camions ont été massacrés. Parmi ces derniers, les deux cents civils qui étaient arrivés de Pampelune.


Croyez bien que les phalangistes n'ont nulle envie d'être traités de fuyards, ni de venir en France et moins encore d'aller à Barcelone. Si deux ou trois passent la frontière, personne ne pourra les voir, ni les gendarmes français, ni les carabiniers franquistes.


D'abord ceux de San Cristobal n'ont pas l'intention de se faire protéger par les autorités de Barcelone. S'il en est qui passent, vous appelez cela, en France, des agents de liaison. La Phalange engage un combat pour l'Espagne.


Les révoltés de San Cristobal, selon ce jeune homme, tiennent dans la montagne et s'ils franchissaient la frontière, c'est qu'ils auraient été vaincus par leurs poursuivants. Ils se feront, paraît-il, plutôt tuer sur place."



Je vous transmets ces déclarations faites en France par un jeune homme, frémissant et exalté, et dont le regard me toisa avec quelque insolence parce que je représentais un journal qui ne lui plaît pas.



Mais ce qu'il dit explique peut-être la disparition des révoltés de San Cristobal et sans doute pourquoi ils n'ont pas franchi la frontière



L'enquête officieuse, menée ces jours-ci, confirme d'ailleurs ces explications sur un point. Des escarmouches ont mis aux prises, dit-elle, les troupes franquistes et les phalangistes de San Cristobal dans la région de Velate. Les phalangistes disposeraient d'environ huit cents fusils ; ils sont mystérieusement ravitaillés."




pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
LIVRE LOS FUGADOS DEL FUERTE DE EZKABA


  • le 29 mai 1938 :

"Les révoltés de San Cristobal demeurent dans la montagne où ils sont cernés.

De notre envoyé spécial Stéphane Manier.

Saint-Jean-de-Luz, 28 mai (par téléphone). 



— La révolte de San Cristobal date déjà d'une semaine et le versant espagnol des Pyrénées garde toujours son secret.



Le froid s'est emparé des cimes. Voici que la neige, depuis deux nuits, les blanchit. Sur les Aldudes, un orage de montagne a brisé les câbles du téléphone. Et la région des massifs sans route, à 1 500 mètres d'altitude, où l'on suppose que sont réfugiés les révoltés de San Cristobal, est en proie aux cruelles avalanches d'un hiver revenu.



Cependant, en dépit du silence inexpliqué sinon inexplicable, la police et l'administration françaises demeurent en état d'alerte.



Le sous-préfet de Bayonne, M. Daguerre, et M. Ceugnart, commissaire spécial d'Hendaye, restent de jour et de nuit à l'écoute.



Les services d'ordre qu'ils dirigent sont maintenus entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Urepel.



Dans la nuit froide et ténébreuse, où l'on devine la présence menaçante des sommets, gardes mobiles, gendarmes et policiers continuent d'explorer la frontière, projecteurs au poing.


— Les révoltés de San Cristobal sont-ils encore dans cette région ?



Tout se passe comme s'ils espéraient ou attendaient des événements qui les délivreront de leurs souffrances.



Armés — et personne en Espagne rebelle ne nie qu'ils le soient — ils pourraient aisément surprendre les patrouilles franquistes qui les cernent ou croient les cerner dans le col de Velate.



Dix ou quinze kilomètres les séparent seulement de la France, et c'est une distance facilement franchie. Leur mutisme, évidemment, donne lieu à des méprises. Il suffit qu'un Basque de Sare dise par exemple : "On en attend 300" pour qu'à 80 kilomètres plus loin, à Saint-Jean-Pied-de-Port, par exemple, chacun répète "300 évadés ont franchi la frontière".



C'est ainsi qu'il se produisit, hier encore, une fausse alerte. L'un des révoltés de San Cristobal, affirmait-on, était interrogé depuis le matin par les gendarmes de Saint-Jean-Pied-de-Port. Emoi à la sous-préfecture ; émoi au commissariat spécial. Les ordres donnés : "Amener les évadés à Hendaye dans des cars, immédiatement" n'auraient-ils pas été respectés ?



L'évadé était simplement un déserteur de l'armée franquiste, un Basque d'Espagne, mobilisé malgré lui, et utilisé à la garde de la frontière. Il grelottait de fièvre dans son uniforme kaki. La peur des hommes, des villes, des chefs, l'avait tenu caché dans les rochers au bord de la Nive, depuis plusieurs jours.



Mais la faim le tuait. En tremblant, il se livrait aux gendarmes français. Devant la miche de pain au pâté et le vin qu'on lui apportait il eut une crise de sanglots. Il avait, dans sa misère, désespéré de la bonté de ses semblables.



L'arrivée d'un déserteur franquiste est chose fréquente au pays basque. L'état-major général de Franco a dû, il y a quelques mois, supprimer des dépôts de troupes à moins de 100 kilomètres de la frontière française. Les déserteurs fuyaient par groupes de 5 ou 6 vers les douceurs du versant français. Le bataillon se démantelait. Au risque de leur vie, les hommes passaient, car en montagne, où la frontière est une ligne hypothétique, les douaniers rebelles ont l'ordre de tirer à vue même du côté de la France, sur tout soldat en fuite.



Le fugitif n'était donc pas l'un des révoltés de San Cristobal et le mystère se reformait. Le sort des évadés préoccupe la région de Biarritz, et plus particulièrement les colonies espagnoles qui ont pris résidence aux environs. Ce sont là, soit des familles d'officiers franquistes, soit des phalangistes plus ou moins exilés, soit des réfugiés civils ou militaires. Les langues se délient donc, ne serait-ce que pour tuer le temps ; on va aux nouvelles. La curiosité est à vif quand il s'agit de son pays. L'imagination est très grande aussi. D'où la nécessité d'éliminer bien des informations et de ne retenir que les plus persistantes, celles que la répétition en divers lieux finit par accréditer et confirmer.



De ce que j'ai pu entendre et recueillir, il reste ceci :

La révolte de San Cristobal n'est pas un fait isolé ; elle n'a pu se produire qu'en vertu d'une action concertée.



La censure italo-franquiste (les Italiens surveillent tout en Espagne rebelle) ne laisse plus passer de nouvelles sur Saragosse. Naturellement, des bruits courent, incontrôlés encore, d'une révolte à Saragosse, analogue à celle de Pampelune.



Ces bruits peuvent justifier l'attente, dans une retraite ignorée, des révoltés de San Cristobal.



Sous cet angle, leur évasion apparaît comme la préface tragique d'événements proches. Elle suffit à révéler la haine qui oppose les alliés d'hier, mais il est d'autres signes de ce désarroi. Le chef des phalangistes de Pampelune, M. Moreno, un hôtelier, a été, il y a deux mois, jeté dans une cellule de San Cristobal. Cette mesure ayant provoqué des troubles graves (on ne donne pas le nombre des morts dans les rues), M. Moreno a été remis en liberté. D'autres phalangistes, moins populaires, lui ont succédé dans le fort humide de San Cristobal, après le discours du général Yague qui dénonça l'insolence des intrus italiens et rendit hommage à l'héroïsme des soldats républicains."



pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
JUAN YAGUE Y BLANCO 1938



A suivre...




Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 5 400 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

lundi 9 octobre 2023

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN MAI 1938 (première partie)

LES RÉVOLTÉS DE LA PRISON D'EZKABA EN MAI 1938.


Pendant la Guerre Civile d'Espagne, le 22 mai 1938, 795 prisonniers s'évadent de la prison d'Ezkaba, en Navarre.



pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
PRISON D EZKABA EN NAVARRE

Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Ce Soir, dans plusieurs éditions, sous la plume de 

Stéphane Manier :



  • le 26 mai 1938 :



"Les révoltés de San Cristobal avancent vers la frontière.

De notre envoyé spécial Stéphane Manier.

Bayonne, 25 mai (par téléphone).


— Tous les échos qui franchissent la frontière ou descendent de la Bidassoa confirment la révolte déjà légendaire des prisonniers de San Cristobal.

— Combien-étaient-ils ?

— Quinze cents ! m'affirme ce matin un commerçant du pays basque qui, pour des raisons de négoce, franchit chaque jour la frontière par Hendaye.



La révolte chez Franco.


Ce qui d'ailleurs certifie l'événement c'est qu'il est un événement attendu depuis des mois par les gens renseignés et qui met à jour, qui manifeste l'état d'esprit qui règne chez les rebelles. 


— A Saint-Sébastien, me dit le témoin, il ne se passe pas de jours où éclatent des rixes entre phalangistes et franquistes, entre patriotes espagnols de toutes couleurs et partisans de l'invasion étrangère.



Ce sont d'ailleurs des phalangistes, des nationalistes basques el des républicains espagnols détenus ensemble dans la prison de Pampelune qui se sont révoltés, aidés de l'extérieur, après une minutieuse préparation, par un assaut des montagnards basques. 



pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
PRISONNIERS AU FORT SAN CRISTOBAL 
EZKABA NAVARRE



Ces rixes, vues par les Français de passage à Saint-Sébastien, ville cosmopolite, n'expriment qu'un des aspects les moins développés, des colères qui s'organisent partout où le terrain le permet du côté des rebelles contre Franco. En pays basque particulièrement, les adversaires irréconciliables hier se retrouvent pour protester et même défendre l'Espagne contre l'invasion italienne et allemande. 



Tels sont les premiers renseignements que l'on recueille très vite à l'écoute de la frontière entre Saint-Jean-de-Pied-de-Port et Hendaye.



L'attente des évadés du côté français est anxieuse. L'un de ces derniers est passé à Urepel et non à Saint-Jean-de-Pied-de-Port comme on l'a dit tout d'abord. Puis il a disparu dans la montagne. Il a pu traverser la chaîne des Pyrénées et les forêts avant le resserrement du service d'ordre des gardes frontières franquistes. Depuis, tous les cinquante mètres, de Canfranc à Hendaye, un soldat rebelle veille l'arme au pied, mais les paysans casques connaissent mieux que les franquistes les secrets des Pyrénées et cela depuis des siècles. Aussi pense-t-on que s'ils le veulent, un certain nombre tout au moins de révoltés pourra rejoindre la France.



Policiers, gendarmes et gardes mobiles français sont, depuis cette nuit, alertés et une vaste enquête est lancée sous la direction du commissariat central d'Hendaye. Il semble, en outre, à peu près certain que sur 1 500 révoltés, 1 100 "tiennent" la montagne près de notre frontière, ce qui représente une certaine force armée difficile à atteindre dans la guérilla.



Ils sont ravitaillés en munitions par leurs compatriotes des montagnes. Leur entrée en France reste toujours possible d'un moment à l'autre par petits paquets. Mais il est évident que les franquistes vont s'efforcer d'encercler les prisonniers de San Cristobal pour les empêcher de venir en France où ils apporteraient la vérité sur le tragique climat qui amoncelle des orages au-dessus du camp des rebelles.


pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
LIVRE LOS FUGADOS DEL FUERTE DE EZKABA


  • le 27 mai 1938 :

"La tragique odyssée des révoltés de San Cristobal.

Jour et nuit, on épie les mystérieuses profondeurs de la forêt et de la montagne mais les fugitifs restent introuvables.

De notre envoyé spécial permanent Stéphane Manier.



Saint-Jean-Pied-de-Port, 26 mai (par téléphone). 


— Une fois encore les monts pyrénéens se sont dégagés des ombres nocturnes sans révéler la présence des révoltés de San Cristobal. Du moins sur le versant français. Gendarmes et gardes mobiles de France, à Saint-Jean-Pied-de-Port ou à Saint-Etienne-de-Baïgorry, ont dû modérer une activité qui s'avère pour l'instant épuisante et vaine.



Les révoltés de San Cristobal ne pourraient atteindre notre pays républicain, terre de salut, ni par une route, ni par un poste de douane, pas même par un sentier de mulets, sans risquer d'être vus, puis cernés et massacrés.



Sans doute s'efforcent-ils de tromper la surveillance pour passer par des issues imprévisibles, le long d'une frontière compliquée et pittoresque de montagnes.



La montagne, interrogée, ne répond pas à notre voix. La forêt, qui couvre gorges et ravins, garde son secret. Dans son silence insidieux, le chant des oiseaux perd son charme pour n'exprimer soudain que la cruelle ironie d'une paix perfide, d'une fausse paix.



L'insécurité se fait épouvante et l'incertitude laisse toute la place à l'imagination vagabonde. Aussi, beaucoup de bruits difficiles à contrôler circulent-ils de bouche à oreille et, d'interprétation en interprétation, prennent finalement, dans les grands centres, un ton affirmatif qu'ils n'avaient pas au début.



On se prend donc à douter des témoignages les plus fervents, les plus convaincus.



La révolte de San Cristobal est évidemment plusieurs fois confirmée par des faits : renforcement des effectifs de carabiniers rebelles, battues, recherches du côté espagnol, état d'alerte de la police française après renseignements pris. Sur cet événement, pas de doute possible.



1 500 prisonniers se sont mutinés, ont emporté 300 fusils. 400 évadés ont été repris et 100 de ceux-ci ont été immédiatement fusillés. Révolte, poursuite, voilà où nous en sommes. Quant à la réapparition des fugitifs ou à leur salut, nous n'avons encore rien de précis.



L'un des révoltés a-t-il vraiment réussi à venir en France par Valcarlos et Saint-Jean-Pied-de-Port ? Son aspect, décrit par un pêcheur de la Nive, rivière qui prend sa source dans les monts proches, est-il celui d'un prisonnier ou d'un déserteur franquiste ? Nul ne le sait vraiment.



Le bruit selon lequel ce matin trois des fugitifs auraient été arrêtés dans un village espagnol près de Burguette, n'est pas non plus confirmé.



Des gardes rebelles sont interrogés par les gardes français d'un poste à l'autre sous la forme cocasse de gens exerçant le même métier :

— Alors, vous les avez trouvés ?

— Si.

— Sans blague. Et où ?

— On les cerne dans les massifs du mont Ahadi.



pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
ITINERAIRE DES FUGITIFS DE LA PRISON D EZKABA EN NAVARRE



C'est là la réponse qui pourrait paraître catégorique. En fait, les gardes de la frontière — je veux dire les gardes franquistes — ne sont pas forcément tous renseignés. Les évadés de la prison de Pampelune sont encore 1 100. Mille cent hommes sont cachés depuis trois jours. Ils vont peut-être surgir une nuit des collines vertes d'Urepel ou d'ailleurs.



Eux seuls connaissent le chemin qu'ils ont décidé de suivre.



Dans les dolents villages des frontières, rien depuis trois nuits n'a frappé les oreilles exercées à ausculter les grands silences. Rien, pas un coup de fusil. Les regards des montagnards, dressés par les siècles à percer l'ombre des futaies et la clarté verte des ravins, n'ont vu bouger aucune ombre vivante.



La tragique odyssée des prisonniers de San Cristobal les obsède. Le massif du mont Ahadi n'est coupé d'aucun chemin, certes. Mais les battues peuvent découvrir ceux qui fuient.



Auraient-ils été déjà massacrés ? Les journaux de l'Espagne rebelle n'ont publié aucun récit de la révolte. Par conséquent, pour ne pas avouer la décomposition intérieure du camp rebelle, ne publieront-ils pas non plus les détails d'un affreux massacre ?



L'attente se fait donc tourment. Si les révoltés de San Cristobal ont pris le chemin le plus court, ils devraient au plus tard passer la frontière dans la nuit prochaine. Mais s'ils sont parvenus à traverser dès le premier jour la route du col Ibañeta, peut-être se cachent-ils dans la grande forêt Iraty, qui a plus de 100 kilomètres. Dans ce cas, ils auraient décidé de rejoindre les grands sommets blancs et ils auront à vaincre la montagne, ses dangers, ses rafales de neige.



Leurs intentions, je l'ai dit, sont ignorées ici comme elles sont ignorées de l'autre côté de la frontière. S'il est vrai que les évadés ont été aidés et guidés par des paysans basques et que leur départ a été minutieusement préparé, il est possible qu'un refuge leur ait été ménagé en Espagne même.



pais vasco antes navarra franco guerra civil carcel fuerte
PRISONNIERS A ESKABA EN NAVARRE


Toutefois, à Saint-Jean-Pied-de-Port, comme à Saint-Etienne-de-Baïgorry, on attend encore, et des mesures sont prises pour emmener les évadés qui passeraient la frontière directement à Hendaye, où on leur demanderait de choisir, selon la formule habituelle, entre Franco et Barcelone."



A suivre...



(Source : Ezkaba. 1938-2018 (navarra.es))





Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 5 500 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

samedi 2 novembre 2019

LA PRISON DE PAMPELUNE - IRUÑEA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1935


UNE PRISON EN NAVARRE EN 1935.


Le fort de San Cristobal, non loin de Pampelune, en Navarre, est un fort de sinistre mémoire.

jeudi 11 mai 2017

L'ÉVASION DE LA PRISON D'EZKABA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN MAI 1938


LE 22 MAI 1938, 795 PRISONNIERS S'ÉVADENT DE LA PRISON D'EZKABA EN NAVARRE.


Le titre de cet article  ressemble à un roman d'Harry Potter, mais ce n'en est malheureusement pas un.

C'est seulement un des épisodes tristes et douloureux de la Guerre Civile Espagnole.

mercredi 8 mars 2017

LA PRISON DE FEMMES DE SATURRARAN À MUTRIKU EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE SOUS FRANCO


LA SINISTRE PRISON DE FEMMES DE SATURRARAN EN GUIPUSCOA.


C'est une période très triste de l'après Guerre Civile Espagnole dont je vais vous parler aujourd'hui.